Biographie
Né dans la ville de Goudoumaria à plus de 1000 kilomètres de Niamey, Abdoulaye Mamani est un écrivain très engagé dans des combats politiques et littéraires. Élu député de la ville de Zinder à l’âge de 25 ans, il représente son pays à la fédération d’Afrique occidentale française à Dakar. Au moment de l’indépendance du Niger, en 1960, on lui interdit d’écrire dans le journal du parti et il sera contraint de partir en exil pendant quatorze ans jusqu’à la chute du régime de Hamani Diori.
Pendant ce temps, il voyage à travers plusieurs pays et publie Poémérides, son premier recueil de poèmes en 1972 en Algérie. En 1980, parait Sarraouina : le drame de la reine magicienne, un roman inspiré des faits historiques, notamment la lutte contre la colonisation de la reine de la communauté des Azna.
Abdoulaye Mamani décède en 1993 dans un accident lors qu’il prend la route pour Niamey pour recevoir le prix littéraire Boubou Hama.
Morceaux choisis
- Chant nègre, Poémérides, 1972
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Décembre 2025)
Ce texte nous touche par la puissance des images qu’utilise Abdoulaye Mamani pour rendre hommage à la résilience et à la spiritualité des peuples d’Afrique. La musicalité des mots crée une atmosphère à la fois nostalgique et vibrante nourrie par les références variées aux chants africains reflétant une profondeur culturelle, mêlant joie et tristesse, victoire et désespoir. Les voix multiples résonnent en célébrant l’identité et la fierté culturelle des populations africaines et afro-descendantes. Et la voix du poète s’élève pour les rejoindre en évoquant leurs luttes persistantes et la nécessité d’une reconnaissance et d’une réparation des injustices historiques.
« Chant nègre, vieil hymne des guerriers Baribas
Cris de victoire des amazones et braves Sofas
Chant triste, de désespoir, complainte d’esclaves noirs
Quel plaisir me gagne à t’entendre dans mes rêves du soir.
Chant mélancolique de la mère au berceau de son fils
Chant nostalgique du berger peulh au fond des bois
Chant d’amour, chant de gratitude de jeunes filles
Chant que mes oreilles aiment entendre mille fois. (.)
Cris lugubres et douloureux de la femme éplorée
Chant démentiel, chant fantastique d’incarnation
You you frénétique de vieilles, graves onomatopées
Cantique humiliant adressé au Dieu de rédemption
Vieux folklore d’Afrique, puissant symbole du passé
Negroes spirituels, profondes lamentations du nègre
Blues langoureux, expression naïve de celui qui souffre
Vos voix me remuent au plus profond de mon être. »
Sources
Abdoulaye Mamani, « Chant nègre », in Anthologie de la poésie noire d’expression française, Paris, © Hatier, 1987, p. 142