Biographie 
Né en 1927 dans la ville de Boundiali, à plus de 600 kilomètres au nord d’Abidjan, Ahmadou Kourouma est un écrivain qui aura un parcours marqué par la colonisation et l’exil. Après des études dans plusieurs écoles élémentaires de son pays, il ira à l’école technique supérieure à Bamako. Lors d’un séjour à Lyon, il se forme aux études de mathématiques et d’actuariat puis, retourne en Côte d’Ivoire en 1960, lors de son indépendance. Toutefois, il doit fuir la répression du président Félix Houphouët-Boigny en s’exilant en Algérie, Cameroun et Togo avant de revenir.
Ahmadou Kourouma est l’un des premiers écrivains à critiquer les dictateurs africains, notamment à travers son premier roman Les soleils des indépendances en 1970. Il publie plusieurs autres œuvres importantes, tels que Monnè, outrages et défis (1990), En attendant le vote des bêtes sauvages (1994), qui critique le régime togolais, et Allah n’est pas obligé, sur un enfant soldat, qui lui vaut plusieurs prix littéraires. En 2000, il reçoit le grand prix Jean-Giono pour l’ensemble de son œuvre.
Pendant la guerre civile en Côte d’Ivoire, il prend position contre l’ivoirité et appelle à la paix. Avant sa mort en 2003 à Bron, dans la région lyonnaise, il travaillait sur un nouveau livre, Quand on refuse on dit non, publié après son décès en 2004.
Morceaux choisis
- Les soleils des indépendances, 1970
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Janvier 2026)
Ce recueil explore les thèmes centraux de l’œuvre d’Ahmadou Kourouma, tels que l’échec des élites, la quête identitaire de l’homme africain et les enjeux sociaux comme la misère et la place des femmes. Il met également en lumière la décolonisation, la tension entre tradition et modernité, et la critique satirique de la société.
L’auteur décrit la déchéance de Fama Doumbouya, un prince malinké ruiné après l’indépendance, confronté à la honte et à la perte de dignité, symbolisées par des affrontements publics et sa chute sociale. Tout en explorant les vieilles légendes de la tradition populaire, il évoque également la condition des Noirs, toujours esclaves des Blancs, et l’impuissance des Malinkés, conséquence de la colonisation qui a détruit leur économie et leur culture.
La narration faite sur un ton ironique nous plonge dans les réalités locales, approfondissant le destin de Salimata, femme victime de violences, d’excision et de stérilité, dont la douleur et la rébellion contrastent avec la soumission imposée par la société. Enfin, le récit met en lumière la relation conflictuelle et incomplet de Fama et Salimata, marquée par la honte, le désespoir et un amour brisé, accentuant le thème de la souffrance et de la dégradation sociale.
Sources
Ahmadou Kourouma, Les soleils des indépendances, Paris, Éditions du Seuil, 1970, 216 p.