Biographie 
Amadou Hampâté Bâ est un écrivain et ethnologue né en 1901 à Bandiagara à 680 kilomètres à l’est de la capitale malienne. Il commence ses études dans une école coranique avant de poursuivre à l’école française à Bandiagara et Djenné. En 1915, il rejoint sa mère à Kati pour poursuivre ses études. Il travaillera dans l’administration coloniale en Haute-Volta et à Bamako, et passera une partie de son temps auprès de son maitre spirituel, Tierno Bokar.
En 1942, il est nommé à l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) à Dakar grâce à son directeur, Théodore Monod. En 1951, il obtient une bourse de l’UNESCO pour se rendre à Paris. Après l’indépendance du Mali en 1960, il fonde l’Institut des sciences humaines à Bamako et représente son pays à l’UNESCO où il est élu membre du Conseil exécutif en 1962.
À partir de 1970, il se consacre pleinement à l’écriture et à la recherche, notamment sur les traditions orales d’Afrique de l’Ouest. Son roman L’Étrange Destin de Wangrin reçoit le Grand prix littéraire d’Afrique noire en 1974.
Amadou Hampâté Bâ passe ses dernières années en Côte d’Ivoire, classant ses archives et poursuivant ses travaux littéraires. Ses mémoires, Amkoullel l’enfant peul et Oui mon commandant ! sont publiés en France en 1991. Il décède à Abidjan en 1991.
Morceaux choisis
- Amkoullel l’enfant peul, 1991
- Sur les traces d’Amkoullel l’enfant peul, 1998
Pourquoi j’ai choisi ces textes ? (HJ/ PN)
Amkoullel l’enfant peul, 1991 (HJ - Août 2025)
J'ai bien apprécié la seconde partie de L’Enfant peul qui raconte la jeunesse de l’auteur. Le second volume est consacré à la « carrière administrative » du jeune Amadou, de 1922 à 1937. Ce témoignage est particulièrement précieux car il couvre une période où peu d’Africains avaient l’occasion de porter un regard sur la colonisation française. Hampâté Bâ décrit le système de l’intérieur avec ses qualités et ses défauts et il narre ses démêlés avec ses différents patrons de façon assez objective. Il jette une lumière intéressante sur le comportement de la société africaine et des oppositions entre ethnies. Il ajoute sa note personnelle sur l’évolution de son engagement dans l’Islam. Evidemment, l’Afrique d’il y a cent ans n’est plus celle d’aujourd’hui. Là où il y avait un Africain, il y en a maintenant cinq ou dix, ce qui modifie radicalement le pays et la société. Quant au comportement des administrateurs obligés de faire les ponts, les routes et les radiers avec les moyens du bord et les corvées, il suffit de voir les films des Routes de l’impossible de l’équipe Comiti pour comprendre l’enfer de la circulation en période d’hivernage lorsque les camions sont bloqués dans les ornières de boue pendant des heures, voire des jours. On mesure alors l’énergie qu’il a fallu aux administrateurs pour maintenir l’état des pistes dont l’entretien était alors vital.
Parmi les administrateurs, il y en avait de pittoresques et, parmi eux quelques fous qui avaient attrapé la grosse tête du fait de leurs immenses pouvoirs. Les Africains les appelaient parfois « Le dieu de la brousse » mais ils aimaient l’Afrique et leurs ouailles, s’intéressaient aux langues et traditions locales qu’ils enregistraient et demeuraient quasiment tous d’une probité sans failles, contrairement aux potentats locaux des juntes actuelles du Sahel…
Hampâté Bâ leur rend en quelque sorte un hommage indirect par son ouvrage et il fait plus que nuancer les critiques d’aujourd’hui contre la colonisation française.
Sur les traces d’Amkoullel l’enfant peul, 1998 (PN - Août 2025)
Avoir un mentor ou un maitre qui nous montre la voie est une chance dans la vie. Car très souvent cela rend humble, incitant le « disciple » à transmettre à son tour l’essence de l’héritage reçu. Dans ce texte, Hampaté Bâ rend hommage à Tierno Bokar, le sage de Bandiagara, qui l’a formé, en soulignant l’importance de son influence et lui exprimant sa profonde gratitude.
« À l’écoute de Tierno Bokar
Je l’ai déjà dit : tout ce que je suis, je le lui dois. C’est lui qui m’a « ouvert les yeux », comme on dit dans les initiations africaines, et qui m’a appris à lire le grand livre de la nature, des hommes et de la vie en ramenant toutes choses à une unité primordiale. Je lui dois ma formation, ma manière de penser et de me comporter, et cette « écoute de l’autre » qui est peut-être son plus bel héritage, et la meilleure garantie de paix dans les rapports avec autrui. »
Ce qu’il retient surtout, c’est le sens de l’écoute, nécessaire à l’entretien du dialogue et de la paix. Aujourd’hui, l’attention accordée à l’écoute des autres semble être en déclin, entrainant toutes sortes de malentendus et de conflits, défiant confiance et toute forme d’empathie dans les interactions humaines. Ce que Hampaté Bâ a appris de son maitre et qu’il tient à partager nous montre l’importance de cultiver une écoute attentive dans nos relations en faveur d’une compréhension mutuelle.
Sources
Amadou Hampâté Bâ, Amkoullel l’enfant peul, © Actes Sud, 1991, 532 p.
Amadou Hampaté Bâ, Sur les traces d’Amkoullel l’enfant peul (Coordination et choix de textes par Bernard Magnier), © Actes Sud, 1998, 188 p.