Biographie 
Amin Maalouf, écrivain et essayiste, élu membre de l’Académie française en 2011 et Secrétaire perpétuel depuis 2023, est né à Beyrouth en 1949. Suite à des études de sciences économiques et de sociologie, il devient journaliste et travaille à An-Nahar.
Lorsque la guerre civile éclate dans son pays, il se rend avec sa famille à Paris où il poursuit sa carrière journalistique et sera nommé rédacteur en chef à Jeune Afrique. Il ne cessera de confronter les visions de l’Orient et de l’Occident dans ses écrits. Un premier essai, Les Croisades vues par les Arabes, paru en 1983, expose la cruauté des peuples européens en abordant la question de la domination et du pouvoir.
Dès 1985, il se consacre entièrement à l’écriture et publie son premier roman, Léon l’Africain (1986), suivi de Samarcande (1988), Les jardins de lumière (1991) et d’autres dont Le Rocher de Tanios (1993) qui obtient le Prix Goncourt.
Il publie d’autres romans et essais dont les titres évocateurs nous rappellent la thématique qui sous-tend son œuvre, à savoir la richesse des identités plurielles mal comprises dans le monde actuel. On peut citer des romans comme Le périple de Baldassare (2000), Les désorientés (2012), Nos frères inattendus (2020). Dans ses essais intitulés Les identités meurtrières (1998), Le dérèglement du monde (2009), et Le naufrage des civilisations (2019), Amin Maalouf exprime son inquiétude face à la dérive géopolitique mondiale. Ses idées fondées sur une fine analyse de la situation nous orientent vers le respect de la diversité culturelle au sein d’une cohabitation harmonieuse.
Morceaux choisis
- Les identités meurtrières, 1998
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Juin 2025)
Au moment où les Israéliens et les Iraniens s’aspergent de bombes, où de graves fractures divisent la société française et où les États-Unis s’opposent en deux camps presque inconciliables, sur les problèmes de l’immigration, la conception d’Amin Maalouf sur le rôle de l’identité et des identités dans la construction de chacune de nos personnalités me parait absolument fondamentale. L’auteur nous explique très bien comment on peut être à la fois Libanais et Français totalement, sans avoir à renier une des deux nationalités, une des deux cultures, une des deux appartenances au profit exclusif, de l’autre. Je ne peux que citer en page 119 ce qu’il écrit :
« Il y a d’un côté ce que nous sommes dans la réalité, et ce que nous devenons sous l’effet de la mondialisation culturelle, à savoir des êtres tissés de fils de toutes les couleurs, qui partagent avec la vaste communauté de leurs contemporains, l’essentiel de leurs croyances. Et puis, il y a, d'autre part, ce que nous pensons être, ce que nous prétendons être... »
On ne peut pas être plus clair.
J’irai plus loin. Je pense que ce petit livre devrait figurer au programme de tous les enseignants car il explique comment on peut lutter contre un communautarisme qui tend à prôner et à pratiquer l’exclusion de l’autre en s’enrichissant, au contraire de ce que chaque culture d’origine étrangère lui a apporté. Oui, je peux être à la fois lorrain et guinéen, ou bien turkmène et bolivien sans perdre quoi que ce soit de mes origines mais au contraire en intégrant les apports que les hasards de ma vie m'ont permis de connaitre et d’assimiler.
C’est une leçon qui devrait être étudiée dans les classes dès que les élèves deviennent capables d’assimiler la philosophie et je voudrais que l’Education nationale en France et les francophones dans toute la francophonie mettent ces pages au programme de l’enseignement public et privé. Bien des incompréhensions pourraient alors être combattues et les fractures de notre société comblées. Les hommes politiques pourraient aussi en prendre de la graine et on devrait leur imposer cette lecture : ce sont peut-être eux qui en ont le plus besoin.
Pour moi, il n’est pas indifférent que ce texte ait été produit par un francophone et je suis plutôt heureux que la pensée d'Amin Maalouf soit entrée à l’Académie française. Nous sommes là, en effet, en pleine affirmation de l’universalité, une universalité qui, je crois, est la grande ambition de la France, depuis qu’elle a pris conscience d’elle-même.
Sources
Amin Maalouf, Les identités meurtrières, © Grasset, 1998, 189 p.