Biographie
Né en 1899 sur une propriété sucrière à Alma, dans le district de Moka au centre de l’île, Arthur Martial est un écrivain très engagé. Président du cercle littéraire de Port-Louis, il contribue à des publications telles que L’Essor et Le Mauricien, produisant des critiques sous le pseudonyme de Pierre Nohel. Il écrit aussi des contes, dont Jean l’aveugle et À l’ombre du Vieux Moulin. Son premier roman, La poupée de chair est publié en 1931 à Maurice et à Paris en 1933, suivi par d’autres œuvres comme Au pays de Paul et de Virginie et plusieurs pièces de théâtre.
En 1938, suite à la publication de Grand Port, un roman historique, l’Académie française lui décerne le Prix de la langue française.
Arthur Martial décède en 1951 à Vacoas, nous laissant un précieux héritage littéraire.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Septembre 2026)
L’Histoire est la clé pour comprendre le monde moderne. Dans ce roman historique, Arthur Martial nous ouvre une page essentielle de la colonisation de l’île Maurice. Au milieu de l’océan Indien, deux adversaires, les Anglais et les Français se disputent les Mascareignes dans une lutte impitoyable pour s’emparer d’un lieu stratégique et devenir la puissance dominante. Un manuscrit transmis par un vieil homme guide le récit et révèle les enjeux qui dépassent le simple conflit militaire. Francine Levaillant oscille entre amour et devoir au cœur de la bataille spectaculaire du Vieux Grand-Port, tandis que, son père, Jacob Levaillant, ancien marin handicapé, incarne le dilemme moral des personnages. Par-delà l’action politique, le roman explore la mémoire des oubliés et montre comment pouvoir, ruse et passion redéfinissent les trajectoires humaines. Avec son style remarquable mêlant précision historique et sensibilité romanesque, Arthur Martial allie ses descriptions minutieuses à des dialogues enflammés dans une atmosphère maritime saisissante marquée par des coups de canon pour donner vie à une époque traversée par les tensions coloniales et les passions personnelles. On voit monter l’anglophobie dans les tavernes et la population, traversée par l’angoisse, la haine, la tristesse et la révolte, sombre dans l’incertitude. La narration d’Arthur Martial, à la fois fluide et nuancée, invite le lecteur à pénétrer le XIXe siècle, à ressentir les enjeux, les dilemmes et les espoirs de ceux qui y prennent part. Le récit transporte le lecteur au cœur de la bataille.
Le professeur Jacquemin, ami de Jacob Levaillant lui raconte les derniers préparatifs avant l’affrontement où le danger demeure très palpable :
« Remué par cette nostalgie de héros terrassé, le professeur trouva des mots très éloquents pour peindre le tragique de cette sorte de longue veille d’armes. Dans la baie majestueuse les vaisseaux où, nuit et jour, l’on s’affaire, où, fiévreusement, l’on se prépare à vaincre ou à mourir. Sur le port, sur la plage, sur une population accourue de toutes parts, tour à tour curieuse et avide de s’employer, et contenant difficilement ses sentiments belliqueux et sa haine envers les éperviers sur le point de fondre. Les manœuvres de Vandermaesen. L’arrivée des miliciens, des gardes nationaux, des débris de la maréchaussée de quelques quartiers éloignés. Le débarquement des prisonniers et du butin, fruits de la prise du Windham et du Ceylan. Le transport des blessés et des morts, victimes de bordées de la Néréide. L’embarquement des vivres et des munitions réquisitionnés par Duperré. La construction précipitée d’un hôpital et d’une baraque devant servir de prison. Et dominant cette fièvre de préparatifs, ce désir ardent de se rendre utile, cette avidité de tout voir de tout entendre, chez ces marins et ces soldats, chez ces civils de toute condition, et cette anxiété de voir se rapprocher les frégates anglaises.
Jacquemin fut tellement minutieux et suggestif que le malade se consola. Ses nerfs s’apaisèrent. Et tout à coup, le professeur s’aperçut qu’il parlait à un auditeur assoupi. »
En conjuguant mémoire et récit, il transforme l’histoire en expérience vécue, incitant chacun à réfléchir sur l’héritage colonial et à s’interroger sur le poids du passé et la promesse d’un renouveau possible.
Sources
Arthur Martial, Grand Port, © Éditions Delacour-Martial / Yvan Martial Publications, 2010, (1e éd., 1938), 268 p.