Biographie 
Née en 1936 dans une famille de petite bourgeoisie à Cherchell en Algérie, Assia Djebar, de son vrai nom Fatima-Zohra Imalayène, commence ses études à Blida, où elle découvre le grec ancien, le latin et l'anglais. Après l’obtention de son baccalauréat en 1953, elle poursuit ses études à Paris, où elle opte pour l’Histoire à l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres.
Son premier roman, La Soif, est publié en 1957 sous le pseudonyme « Assia Djebar ». Après avoir épousé l’écrivain Walid Carn, elle quitte la France et enseigne l’histoire moderne et contemporaine du Maghreb à Rabat. Puis elle retourne en Algérie en 1962 pour travailler comme professeur d’histoire à l’université d’Alger jusqu’en 1965. Entre 1966 et 1975, elle vit principalement en France, tout en faisant des séjours réguliers en Algérie. Elle écrit des œuvres variées, dont Les enfants du nouveau monde (1962), Rouge l’aube (1969) et le recueil de nouvelles Femmes d'Alger dans leur appartement (1980), Oran, langue morte (1997). Parmi les nombreux thèmes qu’elle aborde, on trouve le rôle des femmes durant la guerre d'indépendance algérienne, mettant en lumière leur désir d'émancipation et leur condition dans une société traditionnelle. Elle traite des défis des femmes d'Alger face au patriarcat et à la colonisation.
Directrice du Centre d'études françaises et francophones de Louisiane aux États-Unis de 1991 à 2001, elle est élue membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1999 et en 2005, à l’Académie française.
Elle s'éteint à Paris en 2015.
Morceaux choisis
- Les nuits de Strasbourg, 1997
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Août 2025)
Dans ce roman qui comme le titre l’indique, a pour cadre la ville de Strasbourg, Assia Djebar met en scène des femmes qui vont prendre en main leur destin. On suit les péripéties de Thelja, une jeune Algérienne qui décide de quitter son pays et son mari pour rejoindre son amant en France, et également celles de son amie juive, Eve qui porte l’enfant d’un Allemand. Les situations dramatiques et passionnelles à la fois se mêlent à l’évocation de moments poignants de l’histoire. Le destin individuel de ses femmes fait écho au drame collectif des pays en guerre et vice versa. Les bouleversements de la vie personnelle avec ses petits défis au quotidien sembleraient aussi difficiles à surmonter que le combat d’un peuple. Malgré les revers, dans les deux cas, il parait que pour survivre, ce serait la même stratégie : garder l’espoir, rester motivés, trouver du soutien et des alliés, faire preuve de persévérance et de résilience. Au début de l’ouvrage, Assia Djebar évoque l’exode humain qu’a connu la ville de Strasbourg en 1939.
« Les oiseaux sont partis, juste après l’exode humain et comme pour le couronner. (.) après les pigeons, puis les hirondelles, les cigognes ont suivi un peu plus tard. Elles semblaient guetter d’en haut les dernières cohortes d’humains qui rejoignaient les lieux de regroupements, appelés « centres de recueil ». De là, démarraient trains et cars qui emmenèrent, plusieurs jours sans discontinuer, tant d’Alsaciens vers l’ouest et le centre du pays. »
Cette atmosphère de silence et de nostalgie nous rappelle l’actualité où les habitants, victimes de guerres interminables et parfois injustifiées, se trouvent obligés d’évacuer leur ville. Quand même les oiseaux désertent la ville vidée de ses habitants, est-ce que l’espoir s’envole aussi ? Assia Djebar place intrigue de son roman en 1989, cinquante ans après l’évacuation de Strasbourg. La perte collective de cette période historique est immense, sans aucun doute, irréversible. Toutefois, avec le temps, la ville ayant pansé ses blessures, partiellement ou non, s’est reconstruite et s’anime de nouveau. Tout est cyclique, vie et la mort, les saisons, la migration des oiseaux qui, reviennent avec le printemps avec la plume des écrivains qui rend compte de l’histoire en faisant œuvre de mémoire. La foi en l’espérance et l’humanité ne serait peut-être pas totalement perdue.
Sources
Assia Djebar, Les nuits de Strasbourg, © Actes Sud, coll. Babel, 1997, 405 p.