Biographie 
Né à Kaboul en 1962, Atiq Rahimi est un romancier et réalisateur qui obtient l’asile culturel en France après avoir fui son pays en 1984. Scolarisé dans le lycée franco-afghan de Kaboul, et ensuite menacé par le nouveau régime à cause de ses opinions politiques, il est contraint de quitter l’Afghanistan. Arrivé à Paris, il poursuit ses études à la Sorbonne, obtient son doctorat en audiovisuel et se lance dans la réalisation de documentaires.
Il commence à écrire en 1996 lors de la prise de pouvoir des Talibans. Après la traduction de trois romans de l’afghan en français, Terre et Cendres (2000), Les Mille Maisons de rêve et de la terreur (2002) et Le retour imaginaire (2008), il publie Syngué Sabour, Pierre de patience (2008), son premier roman écrit en français et qui sera récompensé par le Prix Goncourt. Depuis, il réalise des longs métrages et continue à écrire. En 2020, parait L’invité du miroir, un « conte des nuits rwandaises », inspiré par son expérience de réalisateur au Rwanda où il tourne le film « Notre-Dame du Nil » adapté du roman éponyme de Scholastique Mukasonga.
Passionné de poésie persane, il partage le regard d’une poétesse du Moyen Âge, Mehstî, qu’il fait renaitre dans Mehstî, chair des mots (2023) au travers d’une conversation avec une fascinante figure féministe.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Août 2025)
C’est Notre-Dame du Nil, le poignant roman de Scholastique Mukasonga sur le génocide au Rwanda, qui m’a orientée vers L’Invité du miroir d’Atiq Rahimi, « un conte des nuits rwandaises ». C’est avec une poésie pleine de tendresse et de rage à la fois, que l’auteur nous livre les résonances tragiques des souffrances en miroir dues à des guerres sans merci, sans fin d’un continent à un autre, de son pays l’Afghanistan en écho au Rwanda. Comment dire la douleur des âmes meurtries ? Dans le silence ? Avec un « chant muet » ? Faut-il nommer l’horreur ? L’identifier « pour ne pas la revivre » ? En posant un autre regard sur les « cicatrices de l’Histoire », Atiq Rahimi s’interroge, observe. Il puise dans la sagesse africaine, dans le kinyarwanda pour exprimer l’innocence avec igisekeramwanzi « l’enfant qui sourit même à l’ennemi », pour raconter l’histoire jumelée de deux pays, essayer de comprendre leurs déboires et faire le deuil du passé. Car dit-il,
« Les survivants d’un génocide n’ont pas d’ombre.
Ils sont ombres.
Ombres errantes de leurs morts. »
Séduit et inspiré par la beauté du pays aux mille collines et la sagesse du peuple rwandais, il choisit le conte sous sa forme poétique pour transmettre ses émotions au bord du lac Kivu, le lac des secrets et de la mémoire, né apparemment des larmes d’un homme qui a tout perdu à son retour de la guerre.
Une invitation à traverser le miroir, à sonder sa mémoire, relire l’Histoire des peuples meurtris et partager l’espérance qui renait à l’aube d’un nouveau jour…
Sources
Atiq Rahimi, L’Invité du miroir, un conte des nuits rwandaises, © P.O.L. éditeur, 2020, 189 p.