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Bernard Dadié

Biographie Bernard dadie

Né en 1916 à Assinie dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, Bernard Dadié, père de la littérature ivoirienne, a apporté sa contribution à divers genres littéraires tels que la nouvelle, le roman, le conte traditionnel, la poésie, le théâtre et l’essai. Après des études à l’Ecole normale de Gorée, il travaille dix ans à Dakar à l’IFAN (Institut fondamental d’Afrique noire) avant de rentrer au pays en 1947.

Engagé politiquement, il lutte pour la justice dans son pays. Après l’indépendance en 1960, il devient chef de cabinet du ministre de l’Education nationale avant d’être nommé Directeur des Affaires culturelles et Ministre de la Culture et de l’Information de 1977 à 1986. Dès 1933, paraissent ses premières chroniques suivis de publications variées dans des périodiques, des pièces de théâtre, des contes, des nouvelles et des recueils de poésie. Deux chroniques, Patron de New York (1965) et La ville où nul ne meurt (1968) sont récompensés par le prix littéraire d’Afrique noire.

Il décède en 2019 à Abidjan.

Morceaux choisis

  • Un Nègre à Paris,  1959

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Octobre 2025)

Dans Un Nègre à Paris, Bernard Dadié met en lumière l’éveil de la conscience africaine vis-à-vis du monde occidental, tout en affrontant sa quête d'identité face à une réalité parisienne à la fois captivante et décevante. À travers ses expériences dans la métropole, il tente d’explorer sa propre  identité noire dans un environnement à la fois familier et étranger, ouvrant ainsi la porte à une réflexion sur la reconnaissance de soi. La ville de Paris est perçue comme un refuge pour ceux qui sont marginalisés ou opprimés. Paris devient symbole de liberté et de créativité :

« Fascinés tous par Paris, nous oublions que si cette ville a tant de charme, c’est parce qu’elle a su donner une place aux artistes et aux poètes. Elle n’a pas cédé le pas à la pierre brute sur l’esprit. Tout ici respire la poésie. Dans la moindre pierre est incluse l’âme d’un poète. Les pelouses, les jardins sont de véritables poèmes. (.)

Nous aimons Paris parce qu’on peut plus que chez nous dire ce qu’on pense, même à un Ministre fut-il du département de la guerre. L’homme y retrouve sa valeur et il en prend conscience. (.) On ne peut venir de cette ville sans être une torche dans les ténèbres qui régnaient chez nous. Et par chaque touriste conscient Paris continue sa mission, celle d’éclairer le monde, de traquer les injustices, de sortir l’homme des servitudes avilissantes, de toutes les griffes. Paris ainsi, par vocation, accueille tous ceux qu’on déshérite par le monde.

Nous aimons Paris parce qu’il existe peu de droits chez nous ou s’ils  existent, nous les laissons grignoter sous des prétextes divers. Nous aimons Paris où nous nous sentons épanouir loin de tout étouffement. (.)

S’il nous arrivait un jour d’avoir à imiter le Parisien, notre premier devoir sera d’émanciper la femme, de lui donner la même aisance d’allure que la Parisienne. Sans elle rien ne durable ne sera fait. Une vérité déjà reconnue, mais qu’il faut cependant crier sur tous les toits. »

Selon l’auteur, Paris demeure un lieu d’épanouissement personnel et d’expression artistique, où la liberté d’opinion est valorisée et où les injustices sont traquées. Tout en offrant un espace où les droits sont respectés et où l’individu peut s’épanouir, la ville lumière accorde une place particulière à la femme. Bernard Dadié, nourri lui-même de culture française, exprime son admiration et fait appel à la nécessité d’émanciper la femme dans son pas, en la dotant de la même liberté et aisance qu’une Parisienne.

La tradition de la liberté d'expression est profondément ancrée dans l’histoire de Paris, en particulier depuis la Révolution française, c’est indéniable. Mais dans les faits,  pour beaucoup, il reste encore la question de l’acceptation et celle de la reconnaissance de la vraie valeur de ceux qui choisissent de s’intégrer pleinement à la vie sociale. Bernard Dadié touche ici un sujet sensible où il s’avère important de trouver un équilibre : promouvoir l’inclusion tout en respectant et en valorisant la diversité culturelle. Un débat toujours d’actualité…

Sources

Bernard Dadié, Un Nègre à Paris, © Présence Africaine, 1959.