Biographie 
Né en 1949 à Theniet El Had dans le nord-ouest algérien, Boualem Sansal, doté d’une formation en ingénierie et en économie, travaille comme haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie en Algérie avant de se consacrer à l’écriture à la suite aux conseils de son ami Rachid Mimouni.
Il commence à écrire à la fin des années 1990 et publie son premier roman, Le serment des barbares, qui lui vaut plusieurs prix en 1999. Il publie d’autres œuvres notables, comprenant des essais comme Petit éloge de la mémoire (2007), des nouvelles telle que La vérité est dans nos amours perdues (2005) et d’autres romans comme Le Village de l’Allemand (2008), qui lui vaut le Grand Prix RTL-Lire en 2008. En 2012, il reçoit le prix du Roman arabe pour Rue Darwin, malgré les critiques des ambassadeurs arabes, et en 2013, il est honoré par l’Académie française avec le grand prix de la Francophonie. Son roman 2084 : la fin du monde lui vaut le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2015. Depuis le 16 novembre 2024, il est emprisonné en Algérie pour avoir remis en question « l’existence de la nation algérienne », une arrestation qui suscite des critiques....
Gracié et libéré en novembre 2025 suite aux interventions diplomatiques de l'Allemagne, il rentre en Europe. Récompensé par le Prix mondial Cino-Del-Duca pour le message d'humanisme que porte l'ensemble de son oeuvre, il sera élu membre de l'Académie française le 29 janvier 2026.
Morceaux choisis
- 2084, La fin du monde, 2015
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Juin 2025)
Heureusement, ce livre décrit ce qui se passe en Abistan pays qui, comme sa consonance l’indique pourrait se trouver quelque part dans les steppes de l’Asie centrale. Pourtant tout le monde sait qu’il y a beaucoup de pays semblables dans le monde, et parmi eux, certains dont le nom se termine par -ie. C’est peut-être à un de ceux-là que Boualem Sansal fait allusion, on ne sait jamais.
En effet l’Abistan, immense empire est sous l’autorité d’un dieu jaloux appelé Yölah qui, avec son œil magique voit tout, sait tout, verra tout, saura tout, y compris ce qui est invisible dans vos pensées. Il gouverne par son Délégué, Abi, qui dispose à la fois de la police et de la religion. De ce fait tout est simple et se résume en deux mots : « Crois et soumets-toi ». Ceux qui ne croiraient pas et ne se soumettraient pas seront poursuivis et condamnés par tous les organes policiers à la dévotion de Abi... et envoyés au stade où ils seront suppliciés aux acclamations de la foule des croyants. Car il n’y a pratiquement pas de différence entre la justice et la police. Ce ne serait rien sans l’hypocrisie, cet hommage que le vice rend à la vertu, comme l’écrit si bien La Rochefoucauld.
Dans ce monde et dans sa capitale, le héros, Ati, qui vient d’être libéré du sanatorium où il était maintenu rejoint la capitale Qodsbad et devient fonctionnaire à la mairie. Il y étouffe et pressent qu’il lui manque quelque chose, au moins un nom, celui de li-ber-té. Peut-être la trouverait-on dans une sorte de ghetto où se font d’étranges trafics mais où la liberté est encore introuvable. Peut-être serait-elle au-delà d’une frontière dont on parle mais dont on ignore où elle est et ce qu’elle est. C’est le but que s’assigne Ati. Y parviendra-t-il ? Le chemin sera ardu. L’auteur utilise habilement la métaphore des automates pour montrer comment la société fonctionne sans conscience ni sensibilité, sous la domination d’un ordre rigide qui empêche toute perception critique ou individuelle.
« Et ainsi, une quinzaine avant la date fatidique, tôt le matin, à l’heure du crieur de la mockba, chargés de leurs baluchons et munis de papiers richement tamponnés faisant d’eux d’honnêtes fonctionnaires en mission de confiance auprès du ministère des Archives, des Livres sacrés et des Mémoires saintes, Ati et Koa franchirent la limite ultime de leur quartier et, le cœur battant la chamade, se mirent en route, droit sur l’Abigouv. Ils avaient même un plan (.). Une sagesse froide les habitait mais c’était peut-être de la folie éteinte, de la cendre après le feu. (.) En eux, la vie était froide, absente, résiduelle au mieux, en tout cas très élémentaire, une habitude s’était installée à la place et avait créé un système très précis d’interactions machinales. C’étaient ces automates qui faisaient tourner l’Abistan mais ne le savaient pas forcément, ils n’avaient pas de nez pour sentir ce genre de choses et en sortaient jamais à la lumière du jour, le service de la religion et le règlement du Système le leur interdisaient. »
J’ai découvert que Boualem Sansal est originaire de Teniet El Had dans l’Ouarsenis. C’est là que le jeune Lyautey et moi-même avons fait nos premières armes. Une bonne raison pour moi de lui dire toute ma sympathie du fond de la geôle où il est emprisonné...
Sources
Boualem Sansal, 2084, La fin du monde, © Éditions Gallimard, 2015, 272 p.