Biographie 
Camara Laye est né le 1er janvier 1928 à Kouroussa en Haute Guinée et mort à Dakar en 1980. Le résumé de sa vie illustre le parcours de beaucoup d’Africains qui, comme lui, se sont forgés par l’école, ont obtenu à la force du poignet des diplômes (en l’occurrence dans la mécanique !), ont gagné leurs galons à la faveur d’une émigration en France, puis sont revenus au pays dans l’espoir qu’ils pourront contribuer à son développement par l’expérience qu’ils ont acquise. Ayant obtenu son diplôme d’ingénieur en 1956, Camara Laye reviendra plein d’espoir en Guinée.
En 1958, le nouveau régime de Sékou Touré lui offre un poste d’ambassadeur au Ghana. Malheureusement, la politique du dictateur conduira Camara Laye en prison. Aussi, à partir de 1960, notre auteur se réfugie avec sa famille en Côte d’Ivoire puis au Sénégal où il travaille à l’Institut français d’Afrique noire tout en combattant la politique de Sékou Touré. C’est dans ce dernier pays qu’il mourra en 1980.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Décembre 2024)
Publié en 1953, sous la plume d’un des premiers auteurs de l’Afrique francophone, L’enfant noir est le récit authentique de l’enfance et de l’adolescence d’un jeune Africain de la campagne qui découvre le monde au travers de l’univers familial, maternel, grand-maternel et surtout paternel et dans lequel les pratiques mystérieuses du forgeron, du serpent et des griots se mêlent sans cesse, au point que l’enfant peine à distinguer ce qui est réalité et ce qui est magie.
« Je grandissais. Le temps était venu pour moi d’entrer dans l’association des non-initiés. Cette société un peu mystérieuse — et à mes yeux de ce temps-là, très mystérieuse, encore que très peu secrète — rassemblait tous les enfants, tous les incirconcis de douze, treize ou quatorze ans, et elle était dirigée par nos aînés, que nous appelions les grands « Kondén ». J’y entrai un soir précédant le Ramadan.
Dès le soleil couchant, le tam-tam avait commencé de retentir, et bien qu’éloigné, bien que sonné dans un quartier lointain, ses coups m’avaient aussitôt atteint, m’avaient frappé en pleine poitrine, en plein cœur, comme si Kodoké, le meilleur de nos joueurs, l’eut battu pour moi uniquement. Un peu plus tard, j’avais perçu les voix aiguës des enfants accompagnant le tam-tam de leurs cris et de leurs chants … Oui, le temps pour moi était venu ; le temps était là ! »
La lente découverte de sa personnalité et son engagement dans la vie quotidienne accélèreront la maturation de Camara Laye et le conduiront peu à peu de la technique à la conscience politique. Il se mobilisera avec enthousiasme pour fonder une Afrique nouvelle.
Mais les échecs du développement guinéen le convaincront peu à peu à se replier sur les valeurs traditionnelles de la sagesse africaine. Il n’est peut-être pas indifférent non plus que la scène se passe dans une Guinée que j’ai personnellement connue à l’époque où L’enfant noir a été publié (1953) et que j’ai donc gardé au fond de moi l’empreinte d’une Afrique dont nos arrière-neveux ne retrouveront plus les charmes ni la saveur ancestrale.
Sources
Camara Laye, L’enfant noir, Paris, Librairie Plon, 1976 (1e éd. 1953), 221 p.