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Colette

Biographie Colette

Originaire de la Puysaie entre l’Orléanais et la Bourgogne du Nivernais, elle est née en 1873. Elle restera dans la région jusqu’en 1891. Sa famille appauvrie s’installera alors à Chatillon-Coligny dans le Loiret. En 1893, elle épouse un journaliste et écrivain dont le pseudonyme sera Willy. Ce dernier ayant reconnu le talent de sa femme la fera travailler pour son propre compte et en 1900 lui fait lancer la série des Claudine mais d’abord sous son seul nom de Willy. Ses écrits commencent à rencontrer un succès certain lorsqu’en 1907, elle défraie la chronique par une liaison publique avec une amie nommée Missy. Séparés depuis plusieurs années, Colette et Willy divorcent en 1910. Elle vivra désormais principalement de sa plume et traversera la guerre de 14 en soignant les blessés.

Reconnue après la publication de Chéri (1921) et de Sido (1930), elle ne quittera plus le monde des Lettres où elle s’est fait de nombreux amis et connaissances. Son plus grand succès, Le Blé en herbe, date de 1922. Là encore, l’écho est considérable, augmenté par le scandale qui fait transgresser la morale bourgeoise aux deux héros encore adolescents, Phil et Vinca. Réfugiée en Corrèze en 1940 puis revenue à Paris, elle retrouvera la vie littéraire et sa grande capacité à écrire jusqu’à sa mort en 1954.

Morceaux choisis

  • Le blé en herbe, 1922

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Octobre 2025)

Quand on lit aujourd’hui Le Blé en herbe, on est étonné du scandale provoqué par sa publication. Il y a cent ans le récit des amours entre un adolescent et une personne majeure, tout comme les amours de Phil et de Vinca ont choqué un grand public qui n’était pas moins hypocrite qu’aujourd’hui.

«  - Embrasse-moi, Phil, je t’en prie, je t’en prie…

Il l’embrassa, mêlant à son propre plaisir la mauvaise grâce de l’extrême jeunesse qui ne vise à combler que ses propres désirs, et la mémoire trop précise d’un autre baiser, qu’on lui avait pris sans le lui demander.  Mais il connut contre ses lèvres la forme de la bouche de Vinca, le goût qu’elle gardait du fruit entamé tout à l’heure, l’empressement que mit cette bouche à s’ouvrir, à découvrir et à prodiguer son secret, - et il chancela dans l’ombre. « J’espère, pensa-t-il, que nous somme perdus. Oh ! soyons vite perdus, puisqu’il le faut, puisqu’elle ne voudra plus, jamais, qu’il en soit autrement… Mon Dieu, que la bouche de Vinca inévitable et profonde, et savante dès le premier choc… Oh ! soyons perdus, vite, vite… »

Mais la possession est un miracle laborieux. Un bras furieux, qu’il n’arrivait pas à dénouer, liait la nuque de Philippe. Il secouait la tête pour s’en délivrer, et Vinca, croyant que Philippe voulait rompre leur baiser, serrait davantage. Il saisit enfin le poignet raidi près de son oreille, et rejeta Vinca sur la couche de sarrasin. Elle gémit brièvement et ne bougea plus, mais lorsqu’il se pencha, honteux, sur elle, elle le reprit et l’étendit contre elle. »

Même du temps de M. Pompidou, un épisode semblable a conduit une enseignante de Marseille au suicide parce qu’elle avait eu une liaison avec un garçon de 16 ans. De nos jours, la littérature est devenue beaucoup moins prude aussi bien dans les descriptions qu’elle fait de ce genre de situation que dans le regard qu’elle pose sur ce type de rencontres. On trouve une assez grande quantité de romans dans lesquels l’auteur ou l’autrice se croiraient déshonorés s’ils ne consacraient pas au moins quelques pages de descriptions plus ou moins crues, parfois à la limite de la pornographie. C’est que les temps ont passablement changé depuis un siècle dans le domaine des narrations relatives à la sexualité. Le livre de Colette parait aujourd’hui bien anodin : il a pourtant marqué une étape décisive dans sa carrière littéraire et le fait qu’il ait été écrit par une femme dans une époque de machisme a largement compté dans l’écho qu’il a eu, indépendamment des qualités de style de ce qu’on a maintenant le droit d’appeler l’autrice. C’est à bon droit qu’on peut dire de Colette qu’elle a été l’une des premières militantes décomplexées du féminisme.

Sources

Colette, Le blé en herbe, © Flammarion, 1969 (1e éd. 1922).