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Delphine de Vigan

Biographie Delphine de vigan

Née à Boulogne-Billancourt en région parisienne en 1966, Delphine de Vigan est romancière, scénariste et réalisatrice. Elle publie son premier roman, Jours sans faim en 2001. Son œuvre connait un succès notable avec No et moi en 2007. Ce roman, qui raconte comment une adolescente surdouée vient au secours d'une autre jeune fille sans-abri, reçoit le Prix des Libraires et est adapté au cinéma par Zabou Breitman en 2010.

Delphine de Vigan est récompensée en 2009 pour Heures souterraines, un roman sombre mais réaliste où elle dénonce le harcèlement moral en entreprise. Ce roman adapté pour la chaine Arte à la télévision viendra consolider sa réputation.

En 2011, Delphine de Vigan remporte plusieurs prix littéraires pour Rien ne s’oppose à la nuit, dont le Prix Renaudot des Lycéens et le Prix du roman Fnac. D’après une histoire vraie, un roman paru en 2015, récompensé par le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des Lycéens, sera adapté pour le cinéma par Roman Polanski avec Éva Green et Emmanuelle Seigner.

Après Les loyautés (2018), elle signe Les gratitudes (2019), un roman très poignant sur les grandes valeurs humaines.

Morceaux choisis

  • Les heures souterraines, 2009
  • Les gratitudes, 2019

Pourquoi j’ai choisi ces textes ? (PN - Août 2026)

Delphine de Vigan est une écrivaine qui sait toucher son lecteur par la sincérité de son style et par la délicatesse feutrée d’un réalisme qui mène droit au cœur. Ses romans, cruels et tendres à la fois, mettent en scène des personnages fragiles et attachants, frappés par les combats psychologiques du quotidien. Ils dialoguent soit dans le silence blessant qui ronge, soit dans la douceur d’une écoute attentive qui nous touche.

Les heures souterraines et Les gratitudes, écrits à dix ans d’intervalle, dessinent un même paysage moral mais sous des atmosphères opposées. Ils montrent un contraste et l’évolution dans la vision de l’autrice, des heures sombres à la lumière qui jaillit avec la gratitude. Dans Les heures souterraines, Paris devient une ville où on se croise sans se voir et on se débrouille seul pour survivre. On sent la lassitude de deux inconnus dans le métro, Mathilde et Thibault qui semblent lutter pour survivre.

« Il lui a semblé que cette femme et lui partageait le même épuisement, une absence à soi-même qui projetait le corps vers le sol. Il lui a semblé que cette femme et lui partageaient beaucoup de choses. C’est absurde et puéril, il a baissé les yeux ».

Mathilde, victime d’un harcèlement moral, humiliée au quotidien, devient vulnérable et se noie dans l’engrenage infernal de l’indifférence. Elle est anéantie sous l’emprise d’une révolte sourde, de la rancœur et l’amertume. Thibault, médecin urgentiste, est complétement dépassé par une déception amoureuse et d’un rêve professionnel brisé.

Avec Les gratitudes, l’horizon s’éclaircit par l’humour, la tendresse et l’empathie. Michka, atteinte d’aphasie, découvre peu à peu que l’expression reste possible malgré les trous de mémoire, grâce au tendre soutien de Jérôme, l’orthophoniste et de Marie, sa fille « adoptive ». Avec l’âge, la mémoire fait défaut et peut se transformer en pathologie : l’oubli des mots, des visages, le passé… Il faut « assumer le vide laissé par la perte », nous dira l’autrice.

« Elle commence une phrase et déjà les mots lui manquent, elle bascule, comme on tombe dans un trou. Il n’y a plus ni balises ni repères, car aucun sentier ne saurait franchir ces terres infertiles. Les mots ont disparu, et, aucune image ne permet de les contourner. Sa voix, asphyxiée par l’étau de la défaite, se désagrège. (.) Elle cherche dans mon regard un indice, une clé, un chemin détourné. (.)

Le fil de l’échange se rompt.

C’est le silence qui l’emporte. Et plus rien ne la retient ».

L’orthophoniste, à son tour, confiera à Michka l’importance de s’exprimer.

« On croit toujours qu’on a le temps de dire des choses, et puis soudain, c’est trop tard. On croit qu’il suffit de montrer, de gesticuler, mais ce n’est pas vrai, il faut dire. Dire, ce mot que vous aimez tant. Ça compte, les mots, ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre. »

Dans ce roman, Delphine célèbre la puissance des mots qui survivent à l’épreuve et rappelle que dire, nommer et remercier peut soigner et sauver. À travers la vieillesse et la reconnaissance, elle nous invite à accueillir le vide sans se laisser submerger par lui, et à trouver, dans l’attention mutuelle, une lumière qui nous élève. Michka dira la sienne avec simplicité et sincérité, dans le « merdi » poignant et émouvant qu’elle lance à Jérôme avant de tomber dans le silence.

Sources

Delphine de Vigan, Les heures souterraines, © Éditions Jean-Claude Lattès, 2009, 299 p.

Delphine de Vigan, Les gratitudes, © Éditions Jean-Claude Lattès, 2019, 172 p.