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Ferdinand Oyono

Biographie Ferdinand oyono

Né en 1929 à Ebolowa au Cameroun, Ferdinand Oyono fait ses études secondaires à Yaoundé avant de se rendre en France pour se spécialiser en droit à la Sorbonne et rejoindre l’École nationale d'administration (ENA) à Paris.

Diplomate et homme politique, à partir de 1959, il commence une carrière de haut fonctionnaire, devenant ambassadeur du Cameroun dans plusieurs pays et occupant divers postes au sein des gouvernements camerounais, notamment aux Affaires étrangères et à la Culture.

Considéré comme un des plus grands écrivains du continent africain, Ferdinand Oyono publie trois romans, Une vie de boy (1956), Le Vieux Nègre et la médaille (1956) et Chemin d’Europe (1960) où il aborde la vie quotidienne en Afrique de l’Ouest à l’époque coloniale.

Morceaux choisis

  • Une vie de boy, 1956

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Août 2025)

Dans Une vie de boy, Ferdinand Oyono aborde les thèmes de la ségrégation raciale et critique du colonialisme. Il situe l’intrigue à la fin de la période coloniale au Cameroun où il décrit l’hypocrisie des colons blancs. A travers du jeune Toundi, qui travaille chez un Blanc, il dénonce des situations où la violence physique et morale est omniprésente. Afin de survive, le jeune homme va lui-même subir toutes sortes d’humiliation et sera complice, malgré lui, de ces situations. Il se remémore une scène de violence qui l’a profondément marqué, celle d’une bastonnade, illustrant l’impact traumatisant de tels spectacles sur l’esprit humain.

« Je ne sais plus ce que j’ai fait quand je me suis décidé à rentrer à la Résidence. La scène de la bastonnade m’avait bouleversé. Il y a des spectacles qu’il vaudrait mieux ne jamais voir. Les voir, c’est se condamner à les revivre sans cesse malgré soi.

Je crois que je n’oublierai jamais ce que j’ai vu. Jamais je n’oublierai le cri guttural et inhumain du plus petit des suspects quand Ndjangoula lui assena le coup de crosse qui réussit à arracher tout de même un juron à M. Moreau et qui fit tomber le cigare de M. Janopoulos. Les Blancs s’en allèrent en haussant les épaules et en parlant avec les mains. M. Moreau se retourna brusquement et m’appela avec son index. Il me prit à l’épaule tandis que M. Janopoulos lui faisait des coups d’œil entendus. Je sentais sa main brûlante et humide à travers mon tricot. Quand nous fûmes hors de la portée de M. Janopoulos, M. Moreau lâcha mon épaule et fouilla dans ses poches. Il m’offrit une cigarette et alluma la sienne. (.)

Il m’empoigna par la nuque et me força à le regarder. La cigarette que j’avais gardée derrière l’oreille tomba. Pour ne pas le regarder, je voulus me baisser pour la ramasser. Il posa son pied dessus et je sentis ses doigts durcir sur ma nuque. »

Ce souvenir inoubliable est accentué par des détails saisissants, tels que les cris du suspect et la réaction désinvolte des témoins blancs, qui montrent une indifférence face à la souffrance. Ferdinand Oyono attire l’attention sur les conséquences psychologiques de la violence et sur l’absence d’humanité dans un contexte très particulier de domination coloniale.

La colonisation a certes entrainé des bienfaits tels que le développement d’infrastructures, l’accès à l’éducation et des échanges culturels, mais elle a également causé des méfaits graves, notamment l’exploitation des populations autochtones, la destruction des cultures locales et des traumatismes durables. Les conséquences de la colonisation continuent d’influencer les sociétés contemporaines, révélant un héritage complexe et souvent douloureux.

Sources

Ferdinand Oyono, Une vie de boy, ©  Éditions Julliard, 1956.