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Gudule

Biographie Gudule

Née en 1945, Gudule, pseudonyme d’Anne Liger-Belair, est une écrivaine connue pour sa production littéraire variée. Originaire d’Ixelles, près de Bruxelles, elle commence à écrire de la poésie et des romans dès son adolescence, avec un premier roman, Le couvent maudit en 1957. Après des études en arts décoratifs, elle travaille comme journaliste au Moyen-Orient, où elle rencontre Paul Karali, un dessinateur de bandes dessinées, qui devient son compagnon.

En 1971, elle s’installe en France et collabore avec divers magazines, combinant écriture, dessin et journalisme, tout en animant une émission sur la bande dessinée à la radio. Michel de Ghelderode, entre autres, loriente vers le monde de l’étrange et de l’irrationnel, un univers qu'elle apprécie particulièrement. Son premier livre publié en 1987, Prince charmant, poil aux dents, raconte l’histoire d’un tableau magique dissimulant un monstre sous l’apparence d’un prince charmant. Suivra une œuvre très riche, plus de 150 livres, surtout en littérature jeunesse. Les romans d’étrange, de fantastique et d’irréel qu’elle écrit pour les enfants et les adolescents explore des thèmes forts avec humour. Elle aborde par exemple des sujets de société, qu’ils soient intemporels ou contemporains, tels que l’enfance maltraitée, la séropositivité et le rejet de soi et des autres, tout en plaidant pour la tolérance et en incitant les jeunes à la réflexion. Malgré la gravité de ces thèmes, son écriture conserve une fraicheur et une légèreté vivantes, avec un sens narratif marqué et un gout pour l’originalité.

Certains de ses titres comme La bibliothécaire (1995) et Elfes et lutins (2006) seront exploités dans les programmes scolaires.

En 2015, elle s’éteint dans la commune de Puycelsi dans le Tarn en France.

Morceaux choisis

  • La bibliothécaire, 1995

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Septembre 2025)

Les possibilités en littérature, source de savoir, sont infinies. La bibliothécaire est un récit métaphorique et allégorique qui souligne le rôle de mémorialiste de Gudule.

« Lorsque la vie s’est retirée, il n’y a plus de différence entre ce qu’on a été et ce qu’on est devenu : on n’est plus que le souvenir qu’on laisse. Et les souvenirs n’ont pas d’âge. » 

Tout en mettant en avant l'importance de se souvenir des expériences vécues et de se remémorer les histoires lues, elle révèle la magie qui émerge lorsque l'on écrit une histoire. Elle fait preuve de pédagogie en montrant l’importance de la lecture et de l’écriture. Le roman à teneur fantastique invite le lecteur à un voyage immersif dans l’univers des livres, lui permettant d’explorer certaines grandes œuvres de la littérature, tout en soulignant le lien intime entre le lecteur et le livre et apportant quelques réflexions sur l’écriture. La romancière donne vie à ses personnages en quête d’un grimoire censé les aider à devenir écrivains. Ida, « l’âme » d’une vieille bibliothécaire travaille dans les livres depuis cinquante ans et les connait tous « comme un jardinier connaît chaque fleur de sa serre, chaque massif de son jardin. » Passionnée de livres, elle entraine Guillaume dans la bibliothèque, véritable sanctuaire, où elle travaillait pour la recherche du grimoire :

« Le couloir tourne et aboutit dans une immense pièce, violemment éclairée. Les yeux de l’adolescent, habitués à la pénombre, clignent douloureusement tandis qu’il pénètre. 

L’endroit est extraordinaire : des rayonnages couvrent les murs et s’alignent les uns derrière les autres, formant d’étroites allées. Combien y a-t-il de livres, ici ? Dix mille, cent mille, un million ? Une odeur de vieux papier, à la fois âcre et doucereuse, émane du fantastique amas d’ouvrages dont certains ont plus d’un siècle. Couvertures de cuir, de tissu, de carton, aux tranches dorées ; parchemins roulés, éditions rares et volumes populaires pleins de naïves illustrations ; tout le savoir du monde semble rassemblé ici. 

La somme des connaissances emplit cette salle, noyau lumineux au cœur de la bâtisse obscure. (.) C’est donc la gorge nouée et sur la pointe des pieds que le garçon pénètre dans le sanctuaire. »

Dans ce roman-jeunesse, le jeune homme « rencontre » les personnages littéraires, comme Gavroche et Le Petit Prince et pénètre l’univers d’Arthur Rimbaud et d’Alice aux pays des merveilles. Les choses survivent parce que « l’écriture les fixe éternellement », nous dit l’autrice.

« Gavroche et Cosette ont-ils disparu avec Victor Hugo ? Les Trois mousquetaires ont-ils suivi Dumas dans la tombe ? Et Mme Bovary, dont Gustave Flaubert disait ‘c’est moi’ n’a-t-elle pas survécu à son auteur ? C’est dans l’imagination de milliers de lecteurs qu’ils mènent aujourd’hui leur existence propre, et même parfois sur les écrans de cinéma ! »

De fil en aiguille, nouant une sorte de relation avec le livre, il commencera une merveilleuse initiation à l’écriture. Une leçon pertinente pour la jeunesse aujourd’hui qui lit, apparemment, de moins en moins.

Sources

Gudule, La bibliothécaire, © Éditions livre de poche jeunesse, 2001, (1e éd. 1995).