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Henry de Montherlant

Biographie Montherlant

Montherlant est un personnage auquel le qualificatif « ambigu » pourrait le mieux convenir. Originaire d’une famille bourgeoise qui avait des prétentions à la noblesse. Ayant perdu ses parents aux alentours de ses 19 ans, il manifestera tout de suite un gout prononcé pour la littérature et il ne cessera jamais d’écrire. De tempérament aristocratique, davantage patriote que nationaliste, il sympathisera avec la droite de Charles Mauras et Maurice Barrès jusqu’à la guerre où il frôlera les milieux nazis tout en veillant à ne pas se compromettre totalement avec eux. Il sortira des différentes commissions d’épuration de la Libération sans condamnation ni emprisonnement, ni chair ni poisson, ce qui ne l’empêchera pas d’être élu à l’Académie française en 1960. Son attitude générale est celle d’un observateur qui peine à s’engager et demeure dans l’observation un peu dédaigneuse de son temps sans vraiment choisir. Dissimulant son homosexualité, il reste en marge de tout et ne confie à la littérature qu’une part restreinte de ses aspirations et de son vécu. Cette attitude de retrait face à la vie le conduira au suicide lorsqu’il sera devenu aveugle.

Une part de l’œuvre de Montherlant touche de près à l’Espagne. Certes, il n’est pas le premier des Français à être fasciné par ce pays. On en trouve en effet les toutes premières traces dès l’aube de la littérature française avec La chanson de Roland (11e siècle dans sa version la plus ancienne) mais l’influence des troubadours, des mystiques comme Sainte-Thérèse d’Avila ou Saint-Jean de la Croix, de Cervantes, a été très grande sur les intellectuels français. Surtout, notre littérature s’est rendue célèbre par un certain nombre de coups de maitre, au premier rang desquels figure Le Cid de Pierre Corneille (1636), l’Histoire de Gil Blas de Santilane de Lesage (1715-1735), Le mariage de Figaro de Beaumarchais (1778), Carmen de Mérimée (1847) et de Bizet (1875), enfin plus près de nous, Du sang de la volupté et de la mort de Barrès (1894).

On ne saurait oublier non plus le succès de Picasso ou celui de Dali.

Morceaux choisis

  • Le maître de Santiago, Acte I, Scène IV

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Octobre 2024)

Avec Le maître de Santiago (1948), il faut d’abord imaginer une date, sans doute près de 1510-1520, un plateau de Castille nu, balayé par une neige glacée, une forteresse sinistre plantée dans ce désert, où veille le dernier des grands maîtres de l’Ordre de Santiago, Don Alvaro, avec sa fille unique Marianne. Tous deux sont épris d’ascétisme et de pureté. Don Bernal propose à don Alvaro de partir faire fortune dans les Amériques avec sa fille, amoureuse du fils de don Bernal et qui en est aimée. Tout le ressort de la pièce repose sur le combat que don Alvaro livre contre l’argent, le mensonge, les honneurs et dans lequel il entrainera sa fille vers un renoncement de plus en plus ascétique mais qui n’est pas dénué à la fois d’égoïsme de la part du père et d’un soupçon d’intégrisme de la part de la fille.

« Alvaro : Savez-vous ce que c’est que la pureté ? Le savez-vous ? (Soulevant le manteau de l’Ordre suspendu au mur au-dessous du crucifix.) Regardez notre manteau de l’Ordre : il est blanc et pur comme la neige dehors. L’épée rouge est brodée à l’emplacement du cœur, comme si elle était teinte du sang de ce cœur. Cela veut dire que la pureté, à la fin, toujours blessée, toujours tuée, qu’elle reçoit toujours le coup de lance que reçut le cœur de Jésus sur la croix. (Il baise le bas du manteau. Après un petit temps d’hésitation, Olméda, le plus proche du manteau, en baise lui aussi le bas.) Oui, les valeurs nobles, à la fin, sont toujours vaincues ; l’histoire est le récit de leurs défaites renouvelées. Seulement il ne faut pas que ce soit ceux mêmes qui ont pour mission de les défendre, qui les minent. Quelque déchu qu’il soit, l’Ordre est le reliquaire de tout ce qui reste encore de magnanimité et d’honnêteté en Espagne. Si vous ne croyez pas cela, démettez-vous-en. Si nous ne sommes pas les meilleurs, nous n’avons pas de raison d’être. Moi, mon pain et le dégoût. Dieu m’a donné à profusion la vertu d’écœurement. Cette horreur et cette lamentation qui sont ma vie dont je me nourris… Mais vous, pleins d’indifférence ou d’indulgence pour l’ignoble, vous pactisez avec lui, vous vous faites ses complices ! Hommes de terre ! Chevaliers de terre ! »

Très belle élévation d’esprit, très belle écriture dépouillée, grandeur espagnole plus vraie que nature, digne du Greco ou de Zurbaran…. C’est à lire ou relire.

Lisez les morceaux choisis

Le maître de Santiago, © Éditions Gallimard, Coll. Folio, 1972 (1e éd. 1948), 160 p.