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Isabelle Taillandier

Biographie Isabelle taillandier

Enseignante, traductrice, auteure et éditrice, Isabelle Taillandier est née en 1961 en région parisienne, à Saint-Germain-en-Laye. Diplômée en littératures hispaniques et en lettres modernes, elle enseigne le Français Langue Étrangère (FLE) en Espagne, en Allemagne et en Suisse pendant plus de dix ans.  En 1984, elle fait des études à l’Université de Grenade, où elle suit des cours sur l’histoire de l’Al-Andalus. De retour en France, elle soutient sa thèse de doctorat en littérature comparée en 2004 et poursuit en parallèle plusieurs activités.

Professeure de Français Langue Etrangère dans un établissement d’enseignement supérieur parisien depuis 1999, elle traduit des auteurs de l’espagnol et de l’allemand, apporte sa collaboration à des manuels pédagogiques et publie Soupirs (2017) et Les couleurs et les sons (2021), des nouvelles captivantes et très profondes.

En 2012, paraitra Parfois l’air nous manque, son premier roman, suivi de Les lettres vermeilles (2023) où elle rend hommage à Grenade, la ville de l’Alhambra, sa ville de cœur.

Isabelle Taillandier fonde en 2016  « La Reine Blanche », une maison d’édition spécialisée dans la nouvelle et les récits courts. Parmi les publications récentes, on peut citer Le démon de labsurde de Rachilde (2025). En 2019, elle nous fait découvrir une réflexion intéressante sur la mémoire avec Les indices de l’oubli dArnaud Genon. Elle traduit également des auteurs espagnols et allemands en français comme Luis Foronda avec Récits verticaux (2018), Francisco Silvera avec Livre des silences (2025) et Theodor Fontane avec Une femme de mon âge, (2026).

Morceaux choisis

  • "Ob eliminatos fœliciter Mauros", Les couleurs et les sons, 2021
  • Les lettres vermeilles, 2023

Pourquoi j’ai choisi ces textes ?

"Ob eliminatos fœliciter Mauros" : Les couleurs et les sons est un recueil de nouvelles dont on se saurait se lasser. Déjà avec le titre, Isabelle Taillandier nous fait pénétrer dans un univers riche en résonances alliant réflexions sur la vie à une plongée dans des pans tragiques de l’histoire ; elle nous touche avec sa façon poétique de décrire des paysages, de capturer les émotions et de raconter l’Histoire. La nouvelle « Escaliers » nous transporte d’abord à Grenade au cœur de l’Alhambra, un lieu d’enfance retrouvée où on entend le bruissement de l’Eau du Généralife, avant de faire marteler les bottes d’un officier SS dans un escalier en Allemagne ; « L’effet que ça fait » et « Pour toujours et toi » sont deux récits très émouvants sur l’amour et le deuil, intimes dans leur densité et leur dénouement. « Ob eliminatos fœliciter Mauros » nous frappe en particulier avec un extrait qui décrit un tableau peint par Vicente Carducho et « envié » par Vélasquez. Il s’agit d’une œuvre poignante sur une période sombre de l’histoire espagnole au XVIIe siècle et qui incarne l’expulsion des morisques. « L’impalpable » a été cerné dans ses dimensions émotionnelles et ses contrastes saisissants. Les sons et les couleurs se devinent dans le tableau représentant la profonde tragédie des morisques. Une histoire sourde se raconte dans les teintes crépusculaires d'un « soleil qui se décline ».

Est-ce qu’on devrait féliciter Vicente Carducho, l’artiste ou réfléchir avec Isabelle Taillandier sur le destin des morisques qui nous fait également penser à tous ces exodes qui placent les victimes dans une situation d’aliénation et de perte d’identité ?

L’art et la littérature sont au service de l’histoire. Dans ses nouvelles, avec « Ob eliminatos fœliciter Mauros », Isabelle Taillandier nous incite à revenir en arrière sur l’histoire des musulmans d’Espagne convertis au catholicisme, en explorant le thème éternel de la condition humaine. (PN - Mai 2025)

Lisez les morceaux choisis

Isabelle taillandier les sons et les couleurs 1Isabelle taillandier les sons et les couleurs 1 (67.73 Ko)

 

Les lettres vermeilles :  C’est un roman historique captivant, une merveille littéraire. Mais parfois, il faut choisir le bon moment pour apprécier un ouvrage, surtout lorsqu’il raconte le déclin d’une grande civilisation, le destin d’Abu 'Abdallah, le dernier sultan nasride.  Dès que mon regard s’est posé sur le stand de son éditeur au salon du livre à Montreuil, en novembre 2024, j’ai été séduite par le titre et la couverture où trônait l’image d’un encrier en cuivre et des calames disposés sur un parchemin rose. C’était déjà, pour moi, la promesse d’un beau voyage littéraire, l’empreinte d’un temps révolu qui sera mise en lumière par l’écriture d’Isabelle Taillandier : une véritable révélation calligraphique. L’éditeur me le confirma en me racontant l’intrigue en quelques mots. Entretemps, j’ai eu la chance et l’honneur de faire la connaissance d’Isabelle Taillandier en 2025, écrivaine sensible, généreuse et engagée. J’ai découvert sa plume avec ses nouvelles où elle nous avait déjà plongés dans l’histoire tragique de l’Andalousie avec « Ob eliminatos fœliciter Mauros ».

Avec Les Lettres vermeilles, je retrouve le même style fluide et poétique enveloppé d’une douce nostalgie propre à l’autrice qui donne cette fois-ci la parole ou, plutôt le calame, à Suleyman, un jeune homme affecté à la cour du dernier sultan nasride. Le jeune scribe nous convie à suivre, avec beaucoup de finesse, non seulement la chute tragique de Grenade et l’expulsion du sultan, mais aussi le rythme intime d’une vie quotidienne marquée par des moments de tensions et de joie. On admire les étapes de son apprentissage dans l’art de devenir secrétaire royal, on partage ses amitiés, sa vie familiale. Et, on ne saurait restés indifférent à l’angoisse collective du peuple soumis à la pression et aux manipulations de Ferdinand et Isabelle d’Aragon. À travers ses pages, on assiste à la progression de la conquête : Almería, Baza, Guadix, Málaga, Cordoue et d’autres villes se livrent peu à peu, les négociations se nouent puis sont rompues, les traités se violant les uns les autres jusqu’à la capitulation finale de Grenade. Suleyman nourrit une révolte muette contre l’injustice et les persécutions. Il ne cachera pas sa colère lorsqu’il découvre la trahison d’Al-Zagal qui écrira au pape en disant que les musulmans grenadins n’ont aucun droit de vivre en Espagne. Selon le jeune homme, « Personne n’est un étranger sur la terre qu’il a fertilisée et cultivée. »

Isabelle Taillandier, fidèle à sa promesse stylistique, tisse une écriture lumineuse qui éclaire autant les splendeurs de l’Alhambra que les ombres tragiques des événements ; elle fait revivre l’apprentissage des lettres vermeilles, la poésie récitée par Suleyman aux enfants du sultan, ses parties de chasse au faucon et à l’épervier avec son meilleur ami Abderrahman, ses promenades avec Souad au Maroc lors des préparations de l’accueil du sultan à Fès…

Une page d’histoire s’est tournée en 1492 : mais la guerre et l’intolérance subsistent, et la lutte pour le pouvoir continue à façonner le destin des hommes.

Peut-on encore admettre la fatalité de l’inéluctable sans opposer de résistance ? Tel le dernier sultan nasride, qui tente de rebâtir sa vie en exil en se remettant à sa foi ainsi : « Parfois la volonté d’Allah nous est incompréhensible et extrêmement douloureuse. Mais notre devoir et notre honneur résident dans la force de l’accepter. »

Avec ce beau roman, Isabelle Taillandier nous invite avec une délicatesse subtile à réfléchir à cette question en nous ramenant à la chute d’une grande civilisation. Nous avons envie de relire certains passages comme ces vers d’Ibn Zamrak, un grand poète andalou qu’elle cite :

« Dans le jardin, tu nous fis voir toute sorte de merveilles

Qui n’existent ni même s’imaginent au Paradis (.)

N’était-ce qu’une illusion qui traversait un instant l’esprit ? »

(PN - Août 2026)

 

Sources

Isabelle Taillandier, Les lettres vermeilles, © Éditions du Jasmin, 2023, 207 p.