Biographie 
Né en Argentine en 1898 mais fils d'un médecin juif de Lituanie puis émigré avec sa famille à Orenbourg avant de s'installer à Nice puis à Paris. C'est un chemin assez semblable à celui que parcourra de son côté un autre immigré d'origine juive, Romain Gary. Tous deux en effet rejoindront la France libre du général de Gaulle mais auparavant, Joseph Kessel sillonnera les continents comme grand reporteur (parlons français) et en rapportera de nombreux témoignages tout aussi captivants les uns que les autres.
Des reportages sur la Sibérie, la Mer Rouge, la Résistance, l'Aéropostale de Mermoz le feront tôt connaitre du grand public mais ce sont des livres comme Le Lion ou Fortune carrée qui établiront sa réputation de romancier. Incontestablement, son chef d'œuvre demeure Les Cavaliers, issu de son séjour en Afghanistan, doublé plus tard par un reportage audiovisuel d'un voyage dans ce pays aux mœurs demeurées immuables mais rendu tristement célèbre par les guerres qu'y ont menées successivement les Russes et les Américains. Il n'est pas indifférent de rappeler qu'avec son neveu Maurice Druon, il a composé le texte du Chant des partisans devenu d'hymne de la Résistance française. Dans l’ambiance d'antisémitisme qui sévit périodiquement en Europe, il n’est pas mauvais de penser que la France, au-delà de la période sombre de Vichy, a su accueillir des juifs qui lui ont apporté une part précieuse de l'universalisme et de la fraternité que nous ambitionnons.
Morceaux choisis
- Fortune carrée, 1932
- Le lion, 1958,
- Les cavaliers, 1967
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Octobre 2024)
Dans la tragédie que vit l’Afghanistan depuis 1976 et qui aura plongé ce pays dans une guerre terrible pour bientôt cinquante ans, sans grand espoir de l'en voir sortir, la vision romanesque de Kessel nous fait voir un pays qui a été déchiré par toutes les invasions mais qui a conservé des mœurs médiévales aussi pittoresques que cruelles en y ajoutant tous les assaisonnements des guerres modernes.
« Le premier bouzkachi royal commençait.
L’engagement fut d’une grave lenteur. En silence et pas à pas les soixante cavaliers enveloppèrent le trou qui contenait la bête sacrifiée. Quand ils s’arrêtèrent, elle était cernée d’un anneau compact. Chaque tiers du cercle portait la couleur d’une équipe : le blanc et vert du Kataghan, le marron de Maïmana, la rouille de Marza-Y-Cherif. Cette étrange et immense corolle, poussée à fleur de terre, demeura un instant tout à fait immobile.
Puis, d’un seul coup, les lanières lestées de plomb se levèrent comme un peuple de reptiles sifflants au-dessus des bonnets de fourrure, un hurlement d’une sauvagerie démente, alliage de toutes les clameurs, déferla sur le plateau et la dépouille animale fut recouverte par la masse des hommes et des bêtes. Par une transformation si soudaine que personne n’en avait pu saisir l’instant, la troupe ordonnée et solennelle n’était plus que tumulte, frénésie, prodigieux tourbillon. Huées, invectives, menaces inarticulées… Cravaches qui cinglaient, déchiraient naseaux et visages… Flux et reflux… Chevaux cabrés de toute leur hauteur sur l’enchevêtrement des corps et des poitrails… »
La kalachnikov y a remplacé le poignard afghan ou khyber, du nom du célèbre col, le Khyber Pass, qui rappelle le pique-nique qu'y avait organisé en 1976 un ambassadeur de France téméraire en compagnie d'un de mes amis diplomates et de sa femme qui n'en menaient pas large mais qui s'en sortirent sains et saufs avec de beaux souvenirs...
Fortune carrée est un autre roman tout aussi passionnant et qui côtoie les souvenirs d’un personnage aussi pittoresque que Kessel, Henri de Monfred, trafiquant de tout en Mer Rouge mais dont les récits ont beaucoup de piquant. Il est possible que Monfred ait pas mal emprunté à Kessel.
Enfin, le Lion, autre morceau de bravoure, présente l’intérêt qu’il peut être lu par et pour les jeunes, et qu’il a été largement exploité au cinéma par des cinéastes de moindre envergure. Le roman vaut mieux que toutes les pellicules.
Lisez les morceaux choisis
Fortune carrée, Éditions de France, 1932.
Le lion, Éditions Gallimard, 1958, 288 p.
Les cavaliers, Éditions Gallimard, 1967, 552 p.