Biographie 
Leïla Sebbar, née en 1941 dans les Hauts-plateaux du département d’Oran est à la fois journaliste, professeur et romancière. Après le baccalauréat, elle part poursuivre ses études en France et enseigne à Paris tout en se consacrant à l’écriture.
Son œuvre comprend des essais, des critiques littéraires, des recueils de textes inédits, des nouvelles et des romans dont voici quelques titres : Fatima ou les Algériennes au square (1981), Schérazade, 17 ans, brune, frisée (1982), Parle mon fils, parle à ta mère (1984), Le silence des rives (1993), Le baiser (1997), L’habit vert : nouvelles (2006), une trilogie autobiographique : Après je ne parle pas la langue de mon père ( 2016), L’arabe comme un chant secret (2007), Lettre à mon père (2021)…
Les thèmes qu’elle aborde sont liés à l’histoire de la France et de ses colonies, y compris les guerres de colonisation et de décolonisation, ainsi que les notions d’exode et d’exil. Leïla Sebbar fait un rapprochement entre l’intime et le politique en explorant la façon dont ses personnages vivent leur déplacement et appréhendent leur histoire personnelle en relation avec l’histoire collective.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Septembre 2025)
Dans Lettre à mon père, Leïla Sebbar s’adresse à son père disparu sur un ton plein de nostalgie. Elle essaie de nouer un dialogue avec lui en explorant ses propres souvenirs d’enfance en Algérie, ses photographies et les lettres de son père écrites depuis la prison. Lui reprochant son silence à propos de l’histoire de son pays, et se sentant exclue, elle se lance dans une véritable quête à travers des vieilles cartes postales, des tableaux d’artistes et des récits d’écrivains décrivant son Algérie natale.
« J’ai cherché, follement, dans toutes les brocantes de France, des cartes postales anciennes en Algérie. Villes, villages, plaines et plateaux, déserts et koubbas, cimetières musulmans, garçons en rond autour du maître coranique, petites filles sages assises devant un métier à tisser. Et des femmes, je te reparlerai des femmes du « Harem colonial » comme l’a écrit Malek Alloula, un ami écrivain. Je continue : cafés maures, joueurs de dominos et joueurs d’échecs assis en tailleur sur une natte, marchands ambulants, « danseurs nègres », cavaliers de la Fantasia, je me rappelle à Hennaya les musiciens noirs allant de maison en maison, les fantasias sur le stade jouxtant ton école de garçons, il a peut-être disparu. Dans toute l’Algérie, les marabouts, tombeaux des Saints. À Bou Saâda, le beau mausolée de la Zaouïa d’El Hamel et le tombeau du peintre Étienne Dinet converti à l’Islam, sa tombe a la forme d’une koubba (.)
Je pourrais à nouveau dresser une liste de ces images et imageries que je collectionne, habitée par la nostalgie de ce que je n’ai pas connu et que je découvre avec la fébrilité de l’archéologue. »
Dans sa « lettre », dont on peut lire et relire certains passages, en partageant ses découvertes avec son père instituteur et grand lecteur, elle le fait parler afin de trouver des réponses plausibles à toutes ses interrogations. Ce dialogue fort émouvant nous montre la tendresse filiale chez la romancière qui confie sa tristesse d’avoir « perdu » son pays. Toutefois, elle évoque sa joie de le redécouvrir grâce aux récits de grands écrivains, ceux de la conteuse Nora Aceval, de Germaine Tillion, l’ethnologue et de son idole, Isabelle Eberhardt. Ce qui est intéressant dans sa profonde quête, c’est qu’elle inscrit l’histoire de sa famille dans la grande histoire de l’Algérie « conquise, confisquée, occupée, libérée », nous transportant dans tout le pays, révélant des pans cachés de la vie quotidienne, des situations absurdes, des injustices. Sa vision à la fois intime et extérieure nous montre non seulement le pays à nu, mais aussi l’épreuve ardue à se réapproprier un pays perdu à jamais. L’exil intérieur de la romancière est poignant. Certes riches d’une double ou d’une multiple culture, nombreux sont ces exilés qui, privés de toute forme d’appartenance à leur pays natal, sont amenés à en faire le deuil pour des raisons sociopolitiques ou économiques.
Sources
Leïla Sebbar, Lettre à mon père, Éditions Bleu Autour, 2021, 197 p.