Biographie 
Né en 1959 à Conakry, Libar M. Fofana se consacre à l’écriture depuis 1993. Après avoir fui son pays à l’âge de dix-sept ans, il traverse à pied le Mali avant d’atteindre la Côte d’Ivoire. Trois ans plus tard, il part pour la Suisse et arrive en France en 1984.
Titulaire d’un diplôme en informatique obtenu à Aix-en-Provence, il travaille pendant dix ans à la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille. Suite à une perte d’audition en 1993, il décide d’écrire. Son premier roman, Le Fils de l’arbre, parait en 2004. Parmi ses œuvres, aux titres très évocateurs, on trouve, entre autres, Le cri des feuilles qui meurent (2007), Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va (2016), Un arc-en-ciel dans les ténèbres (2023).
L’Étrange Rêve d’une femme inachevée paru en 2012 reçoit le Prix Ouest France-Étonnants Voyageurs.
Morceaux choisis
- Le cri des feuilles qui meurent, 2007
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Août 2025)
Dans ce roman, qui peut paraitre sombre à plusieurs égards, Libar M. Fofana réussit à insuffler quelques notes d’espoir dans le cœur de ses protagonistes. À la manière d’un conteur africain, il rythme son récit avec des paroles de sagesse censées aider ces derniers à cheminer dans la vie et à aller au bout de leurs quêtes. Il affirme que « Toute mère mérite notre vénération. », nous rappelle notre force intérieure : « nous avons tous quelque chose qui nous console de nos souffrances » et la générosité de l’amour partagé : « L’amour enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne. »
Fotédi, un jeune homme un peu naïf, sort de prison, se lie d'amitié avec Sali, une femme atteinte de la lèpre. Il croise d’autres personnages aux destins tourmentés comme des mendiants, des malades, et autres truands au comportement vénal. Écrit dans un style très fluide, le texte dévoile sans artifice la vie de ces gens vivant en marge de la société. L’auteur nous tient en haleine en vingt-sept chapitres assez courts racontant les multiples péripéties des personnages du « premier jour » au « dernier jour » dans un contexte social marqué par l’oppression, la violence et la corruption. Quelques passages sont touchants. D’autres plus lugubres témoignent d’un monde impitoyable et d’un profond manque d’humanité qui laisse peu de place à la compassion.
« Sali cheminait péniblement, une question tatouée sur ses lèvres tremblantes : ‘Ne suis-je née que pour égrener ce chapelet de malheurs ?’ Elle avait connu la peur qui naît de l’hostilité, et la honte de ramper dans les crachats des autres. Elle avait souffert les moqueries des enfants et les aboiements des chiens. La faim, la solitude et la maladie étaient devenues d’inséparables compagnes. Souvent, allongée dans le creux de son fromager, elle restait éveillée durant de longues heures, le cœur nostalgique d’une existence qu’elle n’avait pas connue, songeant à ce qu’aurait été sa vie sans la maladie. Quand, à bout de forces, elle réussissait à s’endormir, elle pleurait souvent dans son sommeil, croyant être une offense à Dieu. En dépit de tous ses tourments, elle avait conservé la beauté de son cœur, comme un îlot échappe parfois à la furie dévastatrice d’un ouragan. »
Sali, la lépreuse non seulement veille sur son enfant, intact et belle, en apaisant ses blessures de lépreuse, mais elle accueille également Fotédi en prenant soin de lui dans son errance, avec un cœur rempli d’amour en lui offrant un refuge avec ces paroles réconfortantes : « Tu seras toujours chez toi dans mon cœur. »
Dans Le cri des feuilles qui meurent, l’auteur révèle la réalité criante des injustices subies par les plus vulnérables en proie à une vie précaire, telles les feuilles abandonnées d’un arbre. Néanmoins, malgré la dureté d’un destin si cruel, dans certaines situations, il croit en la solidarité, l’amour maternel et le triomphe de l’espoir.
Sources
Libar M. Fofana, Le cri des feuilles qui meurent, © Éditions Gallimard, Coll. Continents noirs, 2007, 208 p.