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Marcel Cabon

Biographie Marcel cabon

Né en 1912 dans le village de Petite Rivière, Marcel Cabon, écrivain et poète, est une figure marquante de la littérature mauricienne. Débutant comme typographe au quotidien Le Mauricien, autodidacte, il poursuit une carrière de journaliste. Rédacteur en chef de plusieurs journaux et citoyen engagé, il aura un impact considérable sur la scène littéraire locale avec une œuvre très riche et variée.

Suite à un voyage à Madagascar, à la recherche de ses racines africaines, il publie en 1953 Kélibé-Kéliba dans le journal L’Essor, soulignant l’héritage africain à Maurice. Son roman Namasté (1965), qui s’inscrit dans un contexte politique d’indépendance, reflète une vision humaniste de la communauté mauricienne d’origine indienne. En 1968, il publie Brasse-au-vent, un roman sur la violence, l’errance et l’esclavage. Marcel Cabon valorise la vie rurale mauricienne, en faisant des personnages de ces milieux des héros et en ouvrant la littérature à des réalités souvent ignorées, à ce qu’il appellera le « mauricianisme », espace de fraternité dans l’île Maurice plurielle.

En 1978, il quitte la presse écrite pour être Chef du Service de l’Information de la Radio-Télévision mauricienne. Suite à une crise cardiaque, il s’éteint en 1972.

Le nom de Marcel Cabon est aujourd’hui associé à celui d’une brillante chercheure, spécialiste de ce pilier de la littérature mauricienne, Aslakha Callikan-Proag, qui nous a quittés en 2020. C’est elle qui mettra particulièrement en lumière cet homme de lettres et son cheminement grâce à une abondante bibliographique, un patrimoine unique, nous faisant découvrir une œuvre prolifique dont Séraphine, roman paru en feuilleton dans la presse malgache en 1947 et un recueil rassemblant des Contes, nouvelles et chroniques de Marcel Cabon (1995).

Morceaux choisis

  • Le Rendez-vous de Lucknow, 1966

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN  - Septembre 2025)

Le Rendez-vous de Lucknow, qui raconte de façon très poétique le récit de voyage de Marcel Cabon en Inde, illustre bien son ouverture d’esprit par sa grande habileté à relier les lieux et les gens. Lors de son expédition, il raconte l’histoire de la Grande péninsule, ses mythes et ses légendes, la beauté de ses paysages et de son architecture, la diversité de ses coutumes ainsi que ses contradictions, qui lui rappellent un peu la société multiculturelle à l’île Maurice. Il décrit sa joie en croisant le chemin de grands hommes comme par exemple, Krishna Menon, ami de Nehru, « un des premiers à imposer l’idée d’une Inde résolue à faire le pont entre l’Orient et l’Occident… ». Il raconte ainsi que :

« L’Inde entrait dans ma vie, avec sa poésie. C’est-à-dire, d’abord, avec ses arbres, ses temples, ses villages, (.) L’enchantement continua le lendemain matin (.) où un vieillard drapé de blanc, avec une étole mauve, achetait des livres (.) Krishna Menon (.) »

Lors de sa rencontre avec le président de la République, Dr Sarvepalli Radhakrishanan, il se réjouit de la richesse de leurs échanges non seulement politiques sur l’indépendance de l’Inde et de l’île Maurice mais aussi littéraires et philosophiques. La non-violence de Gandhi le touche ainsi que le bhoudane (« mouvement pour le don volontaire de la terre »), de Vinoba Bhave selon lequel la terre doit appartenir à tous dans une société juste et équitable.

Séduit par les prestigieux monuments, il se promène à Delhi :

« La capitale indienne et ses environs sont un véritable musée d’architecture indo-islamique et on ne sait ce qu’il faut admirer le plus de ces palais, de ces tombeaux et de ces temples qui (.) portent témoignage d’un passé aussi tumultueux que divers. »

L’amour dans toute sa plénitude l’enchante à Agra lorsqu’il admire le Taj Mahal :

« Tout ici est harmonie, tout se parle, s’associe et se complète : les pierres et les arbres, la pierre et le grès, le ciel et la terre, les coupoles et les minarets (.) »

Pour lui, la ville de Jaipur au Rajasthan est « une des grandes capitales de l’intelligence indienne. » Il passera aussi par Bénarès, la « métropole religieuse » qui le marquera aussi par son histoire millénaire ; il poursuit son chemin jusqu’à Calcutta jusqu’à Shantiniketan sur les traces de Rabindranath Tagore avant d’aller vers les villes du sud et les grottes d’Ajanta.

Émerveillé par son périple, Marcel Cabon nous décrit une forme de syncrétisme culturel qui va orienter sa vision du monde. S’affranchir du joug colonial, en Inde, c’est une lutte pour la liberté qui privilégie la mise en commun des ressources en vue d’une « culture nationale qui soit à la fois une et multiple… ». Inspiré par ces éléments favorables au développement harmonieux d’une société solidaire et multiculturelle, il exposera ses idées sur le « mauricianisme » dans son œuvre.

Sources

Marcel Cabon, Le Rendez-vous de Lucknow, Ile Maurice, Indian Cultural Association, 1966.