Biographie 
Né dans une famille bourgeoise en région parisienne en 1871 et poursuivant des études à Paris, Marcel Proust s’intéresse très tôt à la littérature et à la philosophie. Il fréquente les salons littéraires et artistiques et fait la connaissance des intellectuels de son époque. A cause d’une santé fragile, il séjournera régulièrement sur les plages normandes, ce qui marquera beaucoup son œuvre principale, À la recherche du temps perdu, un roman en plusieurs volumes publié entre 1913 et 1927.
En effet, dans ce roman monumental caractérisé comme l’indique le titre, par une introspection profonde, il nous livre de belles descriptions des lieux qu’il a connus et où sont mis en scène des personnages rappelant de célèbres écrivains, artistes et musiciens qu’il a lui-même côtoyés. Tout au long de son œuvre, Marcel Proust va tisser les liens entre la mémoire et la nature éphémère du temps, interrogeant ainsi la façon dont on peut construire son identité dans son entourage familial et social. En explorant la complexité des relations humaines et le rapport entre l’art et la créativité littéraire, il essaie de montrer comment l’art, sous toutes ses formes permet de transcender le temps…
Morceaux choisis
- Choses normandes, Proust, Écrits sur l’art, 1999
- Un salon historique, le salon de S.A. La princesse Mathilde, Proust, Écrits sur l’art, 1999
Pourquoi j’ai choisi ces textes ? (PN - Février 2025)
Choses normandes : Dans cette description de la Normandie, que Proust appelle prosaïquement « choses normandes », on apprécie la beauté poétique de cette région parfois sous-estimée.
« Depuis quelques jours on peut contempler le calme de la mer dans le ciel redevenu pur, comme on contemple une âme dans un regard. Mais il n’y a plus personne pour se plaire aux folies et aux apaisements de la mer de septembre, puisqu’il est élégant de quitter les plages à la fin d’août pour aller à la campagne. Mais j’envie, et, si je les connais, je visite souvent ceux dont la campagne est voisine de la mer, est située au-dessus de Trouville, par exemple. J’envie celui qui peut passer l’automne en Normandie, pour peu qu’il sache penser et sentir. Ses terres, jamais bien froides, même en hiver, sont les plus vertes qu’il y ait, naturellement gazonnées sans la plus mince lacune, et, même au revers des coteaux, en l’aimable disposition appelée fonts boisés. Souvent d’une terrasse, où sur la table servie fume le thé blond, on peut apercevoir le soleil rayonnant sur la mer et des voiles qui viennent, « tous ces mouvements de ceux qui partent, de ceux qui ont encore la force de désirer et de vouloir ». Du milieu si paisible et doux de toutes ces choses végétales on peut regarder la paix des mers, ou la mer orageuse, et les vagues couronnées d’écume et de mouettes, qui s’élancent comme des lions, faisant onduler sous le vent leur crinière blanche. »
Quelle que soit la saison, de jour comme de nuit, Proust semble trouver un apaisement dans la nature en bord de mer ou dans les campagnes. Le soleil et la lune brillent majestueusement dans ces lieux magiques qui comblent son cœur et son âme, à tel point qu’il s’associe à Gabriel Trarieux pour témoigner sa gratitude et rendre grâce au ciel.
Un salon historique, le salon de S.A. La princesse Mathilde : Ce texte m’interpelle pour plusieurs raisons. Proust brosse un tableau très intéressant des mœurs de l’époque avec la description d’un salon littéraire parisien animé qui apparait comme un véritable lieu de création et d’inspiration pour les intellectuels du XIXe siècle. Les débats à teneur variée se nourrissait d’événements sociopolitiques et culturels. De par son rang, son intelligence, sa vitalité et son esprit caustique, la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III, en tant qu’hôtesse, ne ménageait personne et menait ses rencontres avec doigté. La plume de Proust nous permet de ressentir l’atmosphère en visualisant les personnages et les repas servis. Dans une ambiance quelquefois tendue marquée par des interactions multiples dévoilant les motivations et désirs cachés des invités, ces derniers s’emblent s’en inspirer pour leur création en littérature, peinture et musique.
« On s’arrête devant le portrait du prince impérial par Madeleine Lemaire, le portrait de la princesse par Doucet, le portrait de la princesse par Hébert, où elle a de si beaux yeux, de si douces perles.
Bonnat le regarde de cet œil bon qui brille devant la belle peinture et échange des réflexions de technicien avec Charles Ephrussi, le directeur de la Gazette des Beaux-Arts, l’auteur du beau livre sur Albert Dürer, mais à voix si basse qu’on les entend mal.
La princesse ne s’assied plus. Elle va de l’un à l’autre, accueillant les nouveaux arrivés, se mêlant à chaque groupe, ayant pour chacun le mot particulier, personnel, qui tout à l’heure, quand il sera rentré chez lui, lui fera croire qu’il était le centre de la soirée.
Quand on pense que ce salon (nous prenons ici le mot de « salon » dans son sens abstrait, car matériellement le salon de la princesse était rue de Courcelles avant d’être rue de Berri) a été un des foyers littéraires de la seconde moitié du XIXe siècle; que Mérimée, Flaubert, Goncourt, Sainte-Beuve sont venus là chaque jour dans une intimité vraie, une familiarité si entière que la princesse arrivait à l’improviste, leur demander à déjeuner ; qu’eux n’avaient pas de secrets littéraires pour elle et elle pas de réserve princière avec eux (.) »
On retrouve dans ce texte rédigé avant même À La Recherche du temps perdu, un prélude aux souvenirs et aux réflexions de Proust sur tous ces sujets artistiques et culturels et surtout sa passion pour l’art. Les invités défilent, tout en admirant le portrait réalisé par un grand peintre des dames de la belle époque, Ernest Hébert, dont l’atelier parisien abrite depuis 1983 les activités culturelles et linguistiques du CILF (Conseil international de la langue française), en résonance avec la dynamique d’une époque révolue.
Sources
Proust, Écrits sur l’art, © Éditions Flammarion, 1999, 448 p.