Biographie 
« Marie Leblanc a été victime d’un triste accident ce matin vers onze heures ». C’est ainsi que l’édition du 13 aout 1915 du quotidien La Dépêche annonce les circonstances tragiques autour de la mort de Marie Leblanc. Elle est inhumée le dimanche 15 aout 1915 au cimetière de l’Ouest On peut déduire qu’elle serait née en 1867, le registre du cimetière attestant qu’elle est morte à l’âge de 48 ans. Elle est enterrée dans la tombe de son père Jules Lucien Leblanc à côté de celle de Veuve J.L. Leblanc. Faudrait-il y voir une filiation ?
Rien ne peut soutenir l’hypothèse, l’acte de naissance de Marie Leblanc ne figure pas à l’état civil de Port-Louis. Le seul lien de parenté qu’on lui connaisse serait sa sœur Juliette. Reste à se demander si elle est une étrangère de passage dans l’île. Les rares mentions d’elle dans la presse soulignent l’intelligence, le charme, la grâce de cette « compatriote ». On y apprend aussi qu’elle enseignait le français, ce qui laisserait penser que les nombreuses publications dont elle avait la charge ne suffisaient pas à subvenir à ses besoins et à ceux de sa sœur.
Si d’une part, Marie Leblanc semblait manier avec aisance le français, elle parlait tout aussi bien l’anglais. Elle était l’amie du gouverneur anglais Jerningham affecté à Maurice de 1892 à 1896 ; elle a traduit en français le roman écrit par ce dernier, Diane de Breteuille. Elle n’a pas non plus hésité dans une société demeurée farouchement francophile, malgré un siècle de colonisation britannique, à rendre hommage à la Reine Victoria lors du dévoilement de la statue consacrée à cette dernière à Port-Louis en août 1890.
Précurseur à bien des égards du mauricianisme, Marie Leblanc a transcendé les barrières linguistiques, sociales et culturelles. Elle parlait le créole mauricien et a inclus dans la revue Roses de Noel en 1890, destinée à un public bourgeois francophone, une lettre en créole lui étant prétendument destinée et signée d’un certain Pâ Gustave, dénonçant les affres de l’esclavage et de ses conséquences.
Son œuvre littéraire et journalistique demeure colossale pour l’époque : 16 poèmes, 30 nouvelles originales, 33 contes parus sous son nom ou celui de ses pseudonymes dont les plus connus, Althéa et Clitandre, 5 romans et 15 contes nouvelles traduits de l’anglais. Et entourée de ses collaborateurs, ceux qu’on appelait, « l’écurie Marie Leblanc » et où figuraient les noms les plus prestigieux de la littérature mauricienne d’expression française de l’époque, elle a créé, édité, financé à l’aide de publicité et publié pas moins de 13 revues hebdomadaires, bimensuelles et annuelles. En seulement 26 ans de 1890, année de la parution de sa première revue, jusqu’en 1915, Marie Leblanc aura marqué la littérature et le journalisme à Maurice à la seule force de sa plume.
Morceaux choisis
- « L’Attente », Port-Louis Mondain, 1894
- « Ce que l’on voit », Roses de Noël, 1913
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (DT - Septembre 2025)
Les deux extraits choisis nous dévoilent la profonde sensibilité de Marie Leblanc qui explore la fragilité et la complexité des émotions tout en nous invitant à réfléchir sur la condition humaine. Sa biographie intrigue à plus d’un point et invite à une réflexion profonde sur le devoir de mémoire et de reconnaissance. Pendant vingt-six ans, elle aura dominé le paysage littéraire et journalistique et pourtant les données sur la vie de Marie Leblanc restent éparses, même si les ouvrages biographiques et bibliographiques couvrant cette période sont bien documentés. Pourtant aucun n’offre de détails précis sur la vie de Marie Leblanc. Aujourd’hui, il ne reste que ses écrits préservés pour la plupart dans les collections des bibliothèques municipales pour rappeler sa place dans l’histoire culturelle de Maurice.
Lisez les morceaux choisis
Marie leblanc l attente ce que l on voit (60.21 Ko)