Biographie 
Marie-Thérèse Humbert est née en 1940 dans la ville de Quatre-Bornes Elle vient d’une famille de six enfants et est d’origine anglo-française. Elle part faire des études en 1958 à l’Université de Cambridge et obtient un certificat de mathématiques avant de suivre des études en littérature comparée à la Sorbonne. Marie-Thérèse Humbert s’illustre dans le domaine littéraire avec la parution de dix romans et nouvelles dont À l’autre Bout de moi qui obtient le Grand Prix des Lectrices de Elle en 1980 et Un Fils d’Orage, Prix Terre de France en 1982.
Dans A l’autre Bout de moi, Marie-Thérèse Humbert expose à travers la vie de ses protagonistes, Anne et Nadège, la complexité du vécu de la gémellité, mais soulève aussi, et, de façon pertinente, la question de l’identité métisse dans une société multiculturelle. En 1994, parait La Montagne des Signaux, un roman retraçant l’enfance et l’adolescence de la narratrice, Sissi à la maison de la Râpeuse à Pointe aux Sables et plus tard à la maison de la Montagne des Signaux à Port-Louis. Histoire aussi de sa mère vivant du fantasme de retourner en Angleterre dans le Warwickshire, terre de ses grands-parents, avec pour toile de fond, l’île Maurice des années 60 et ses préjugés sociaux et ethniques. Marie-Thérèse Humbert reprend et revisite la question de l’identité métisse et évoque la possibilité d’une île Maurice plurielle.
Elle s’intéresse aussi à la vie sociale et politique de son pays d’accueil et se présente aux élections cantonales et municipales dans l’Indre et en Loire-Atlantique.
Morceaux choisis
- À l’autre bout de moi, 1980
- La Montagne des Signaux, 1994
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (DT - Septembre 2025)
Sorti en 1980, À l'autre bout de moi est salué par la critique universitaire pour son regard incisif sur les réalités du vécu mauricien pris dans des tensions sociales, ethniques et culturelles, bien éloignées des images paisibles traditionnellement associées à l’île dans la littérature. De même, La Montagne des Signaux, publiée une quinzaine d’années plus tard, met en lumière la condition du métis, confronté à une crise identitaire, à un enfermement social et à un profond désir d’émancipation personnelle. Dans ces deux récits, un élément spatial devient central dans la représentation de cette condition : la maison, à la fois symbole d’enracinement, de marginalisation et de quête identitaire chez le métis.
Copie pauvre et délabrée, la maison métisse telle qu’elle est décrite notamment dans À l’autre bout de moi appartient au monde des « petits Blancs ». Fondée sur un jeu du faire-semblant, elle ne peut être que la copie de l’habitation coloniale des familles blanches ancrée dans la tradition et le prestige et entourée de parcs, comme celle des Augier. Elle en a l’apparence mais elle est pauvre et délabrée. Ce décalage architectural est le reflet de la condition du métis vivant constamment sous le regard accusateur de l’autre, enfermé dans un entre-deux social et incapable d’accéder au monde des Blancs. C’est le lieu de la honte et de la résignation. La mère d’Anne et de Nadège en est pleinement consciente et reproche à ses filles leur inconscience :
« Cet épiderme hâlé, tout notre entourage nous confirmait dans l’idée que c’était quelque chose d’immonde, qui pointait l’oreille et qu’il fallait absolument soustraire aux regards. De la tenue, de la tenue, Anne ! Voyons, habillées ainsi, vous vous feriez prendre pour de petites Indiennes ! Quand mère avait dit ça, elle avait tout dit. » (p. 37)
Face à ce lieu d’enfermement, l’écriture propose des espaces alternatifs. La boutique d’Ah Ling devient un second foyer pour Anne et Nadège : un lieu d’enchantement où se mêlent des figures religieuses de toutes cultures – chrétienne, hindoue, bouddhiste. Cette ouverture s’accompagne d’un mouvement spatial fort, illustré par la métaphore de la « belle route lisse », comparable à un cordon ombilical. Elle relie la maison natale aux espaces de rêve et d’avenir et marque une transition vers une identité plus ouverte.
Ce mouvement trouve son aboutissement dans la ville de Port-Louis, d’abord perçue comme bruyante et chaotique, mais peu à peu apprivoisée par Cécilia dans La Montagne des Signaux. Avec l’aide de Bishma, elle y découvre un monde vivant, multiculturel, riche de traditions et de langues diverses. La ville devient un espace d’initiation et de renaissance intérieure :
« Il me semble être entrée dans le monde et avoir pris ma place. » (p. 211)
Cecilia peut alors participer de ce syncrétisme religieux et culturel en écoutant réciter des extraits du Mahabharata, de la Bible, de Shakespeare, des musiques indiennes et occidentales et parler créole. Ainsi, chez Marie-Thérèse Humbert, la maison, espace clos au départ de la narration se métamorphose. Elle se délimite pour se fondre dans ces autres espaces ouverts sur le partage, à mesure que le personnage métis trouve sa place dans une île Maurice réconciliée avec sa diversité.
Sources
Marie-Thérèse Humbert, À l’autre bout de moi, Paris, © Stock, 1980.
Marie-Thérèse Humbert, La Montagne des Signaux, Paris, © Stock, 1994.