Biographie 
Née à Pointe-à-Pitre en 1934, Maryse Condé est une figure importante de la littérature francophone. Elle grandit et étudie en Guadeloupe avant de se rendre à Paris en 1953 pour poursuivre ses études à la Sorbonne. Elle fait la rencontre des grands écrivains de la négritude. Après son mariage, elle s’installe en Guinée en 1959 et enseigne le français en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Ghana et au Sénégal. Elle rentre à Paris en 1970 et obtient un doctorat en littérature comparée à la Sorbonne Nouvelle. Nourrie par son séjour en Afrique et témoin des changements qu’entraine la décolonisation, elle adhère aux principes de Frantz Fanon qui revendique la renaissance nationale par la reconnaissance identitaire de culturelle des peuples désormais indépendants.
En 1976, parait son premier roman, Heremakhonon, qui aborde les désillusions des indépendances africaines. Elle se fait connaitre d’un large public avec Ségou, un roman historique en deux tomes (1984-1985) qui retrace la chute du royaume bambara à travers le destin de trois frères. Maryse Condé reçoit son premier prix littéraire, le Grand Prix littéraire de la Femme, pour Moi, Tituba sorcière... Noire de Salem (1986) et le prix Marguerite-Yourcenar en 1999 pour son autobiographie Le cœur à rire et à pleurer.
Elle ira ensuite enseigner dans diverses universités aux États-Unis avant de terminer sa carrière à l’université Columbia de 1997 à 2002, où elle fonde et dirige le Centre des études françaises et francophones. Après sa retraite, elle rentre en Guadeloupe mais décide de rejoindre la France pour retrouver une partie de sa famille, s’établissant d’abord à Paris, puis à Gordes dans le sud de la France (Vaucluse). Elle continue à écrire, publiant des ouvrages tels que Le Fabuleux et Triste Destin d’Ivan et d'Ivana (2017) et L’Évangile du Nouveau Monde (2021). En 2018, elle reçoit le prix Nobel alternatif de littérature à Stockholm, décerné par la Nouvelle Académie.
Elle décède en 2024 dans le Vaucluse après avoir laissé une œuvre prolifique, traduite en plusieurs langues et récompensée à maintes reprises par plusieurs distinctions.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Février 2026)
Dans cet ouvrage, Maryse Condé montre avec humour et enthousiasme comment sa passion pour la cuisine est reliée à son métier d’écrivaine. En évoquant ses souvenirs d’enfance et ses voyages, elle va dévoiler la façon dont la cuisine nourrit sa créativité et enrichit ses romans. Pour elle, c’est un espace d’échange, de plaisir et de mémoire, où chaque plat raconte une histoire. La gourmandise devient une métaphore de sa curiosité pour le monde, les cultures et les émotions humaines. Son récit mêle ainsi l’art culinaire et la littérature, illustrant leur influence mutuelle dans sa vie, alors qu’elle s’approprie les cuisines du monde au fil de ses rencontres.
Dans un extrait du chapitre intitulé « le goût de Tokyo », Maryse Condé va très habilement questionner la notion d’identité et de légitimité dans un autre monde culturel.
« J’étais assourdie par des histoires illustrant la bénignité des Japonais : des portefeuilles bourrés de yen égarés dans le métro étaient rapportés intacts au commissariat ; les vols avec effraction, les voitures béliers étaient parfaitement inconnus. Non je crois plutôt que ce sentiment venait de la conscience de ma différence. Je n’avais aucun droit à parcourir cette civilisation millénaire. Je n’étais pas à ma place. Moi, descendante d’esclave, petite-fille de Caliban-Cannibale. J’opérais un renversement du regard, un véritable bouleversement.
Deuxièmement la cuisine japonaise que j’adore est la seul que je n’ai jamais cherchée à imiter ou à interpréter à ma façon. Car au Japon, se nourrir est également un acte esthétique. Il faut travestir la quotidienneté, j’ose dire la vulgarité des éléments nutritifs quoi composent les plats. Donner à la betterave, au concombre, au chou rouge, à l’algue ou au champignon une forme peu courante qui les anoblit. Même le riz offert en petite quantité devient un objet d’ornementation précieux. (.)
C’est cela qu’offrait le Japon : des moments de communion quasi mystique. Peu importe si je n’avais jamais rien mangé de semblable, le souvenir de ce repas me hanterait toute ma vie. »
Partagée entre un sentiment d’étrangeté et sa fascination pour la culture japonaise, elle exprime sa propre différence et ses émotions liées à cette découverte. La description qu’elle fait de la cuisine japonaise illustre une vision esthétique de la vie quotidienne, valorisant la beauté dans la simplicité et la préparation des aliments. Particulièrement marquée par la convivialité des repas partagés avec ses amis japonais, Maryse Condé souligne la puissance de ces « moments de communion quasi mystique ».
C’est ainsi qu’en dégustant des mets délicieux dans une atmosphère chaleureuse et authentique, l’association harmonieuse d’ingrédients tels que la présence attentive de chacun, l’échange bienveillant, ainsi que l’ouverture à l’autre, contribuent à transformer une rencontre interculturelle en un moment d’émotion et de communion profonde. Une expérience en effet inoubliable, si on a la chance d’en faire au moins une dans sa vie !
Sources
Maryse Condé, Mets et merveilles, © Éditions Jean-Claude Lattès, 2015, 376 p.