Biographie 
Alexandre Biyidi Awala, connu sous le nom de Mongo Beti, est né en 1932 à Akométam, près de Yaoundé. Après des études à Yaoundé et en France, il enseigne comme professeur agrégé dans plusieurs lycées français et devient un romancier de renom.
Sa carrière littéraire débute en 1953 avec une nouvelle publiée dans la revue Présence Africaine, suivie de son premier roman, Ville cruelle (1954). Mongo Beti se fait connaitre en 1956 avec Le pauvre Christ de Bomba, qui critique le monde missionnaire et colonial, provoquant un véritable scandale.
D’autres œuvres suivront, comme Mission terminée (1957), qui lui vaut le Prix Sainte-Beuve et Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation (1972), un ouvrage qui fait l’objet d’une censure pendant quatre ans. Essayiste engagé, il publie encore une dizaine d’ouvrages avant son décès en 2001.
Morceaux choisis
- Perpétue et l’habitude du malheur, 1974
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Septembre 2025)
Dans ce roman, Mongo Beti nous livre un témoignage social très réaliste sur son pays en dénonçant avec force la corruption des fonctionnaires et la dictature oppressive qui accable la population et la condition des femmes africaines. Bien que l’indépendance ait suscité des espoirs de renouveau, on déplore le véritable destin tragique du continent noir où ceux qui devraient être des libérateurs deviennent les artisans de la souffrance. Dans un ambiance post-coloniale, marquée par le favoritisme et la corruption, l’auteur décrit une scène particulière émouvant d’une salle de consultation qui illustre la lutte des femmes pour obtenir reconnaissance et respect :
« Tout le monde ne peut pas être femme de militaire ou de policier, pas vrai ? Pourtant, on ne les a pas beaucoup vus dans les combats de l’indépendance, les policiers et les militaires. (.)
Il devrait alors onze heures environ, la petite porte surmontant le perron à marches circulaires s’entrouvrit ; aussitôt les patientes, dressées en sursaut, se précipitèrent au-devant d’un homme sorti de la salle de consultation, blouse blanche, jambes nues, pieds nus dans des sandales de plastique, et qui articula, sans doute en français, quelques mots à mi-voix. Alors, tandis que, sous son nez, quelques patientes agitaient un morceau de papier fébrilement défroissé, d’autres tentaient, avec des tortillements spasmodiques des épaules et du derrière, de fendre l’attroupement, le bras levé, la main crispée sur ce qui était sans doute aussi un coupe-file. Impassible, dominant les remous des patientes agglutinés autour de lui et dont la masse ondulait tantôt à gauche tantôt à droite, l’homme fit entrer l’une après l’autre une vingtaine de femmes à droite en examinant toujours attentivement le billet que chacune lui tendait ; puis, au grand ahurissement de Perpétue et d’Anna-Maria, qui n’en croyaient pas leurs yeux, l’homme à la blouse blanche rentra à son tour et referma la porter derrière lui ? »
L’homme en blouse blanche, détaché et impassible, incarne une autorité qui semble indifférente à leurs besoins. Cette dynamique souligne les défis persistants rencontrés par les femmes vulnérables dans leur quête de dignité et d’égalité, surtout si on n’est pas « femme de militaire ou de policier ».
Sources
Mongo Beti, Perpétue et l’habitude du malheur, © Éditions Buchet-Chastel, 1974.