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Mustapha Tlili

Biographie Mustapha tlili

Mustapha Tlili, né en 1937 dans la ville de Fériana à 340 à kilomètres de Tunis, était un écrivain très partagé entre différentes langues et cultures et dont l’œuvre est dominée par le thème de l’absence et de l’exil. À l’issue des études secondaires en Tunisie, il étudie la philosophie à l’Université de la Sorbonne à Paris dans le contexte de la guerre d’Algérie et de l’indépendance des pays du Maghreb. Il travaille quelques temps comme journaliste politique à Jeune Afrique avant d’émigrer aux États-Unis où il travaille à l’ONU.

Mustapha Tlili publie plusieurs romans, dont La Rage aux tripes (1975) suivi de Le bruit dort (1978).  Ce sera La Montagne du lion (1988), abordant l’impact de la modernité sur un village imaginaire, qui le rend célèbre.

En 2008, parait Un Après-midi dans le désert, qui lui vaut le Prix du Comar d’or. Ce roman propose un regard pessimiste sur l’Afrique du Nord très marquée par la désillusion et la résignation face à des catastrophes récurrentes

Il s’éteint à New York en 2017.

Morceaux choisis

  • La Rage aux tripes, 1975

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Octobre 2025)

Dans ce roman, Jalal Ben Chérif, correspondant algérien du journal L’Humanité socialiste, fait la rencontre de Junkee, un jeune Noir rebelle à New York. Leurs échanges rappellent à Jalal, le drame de la Guerre d’Algérie et ses propres blessures. Mustapha Tlili aborde le thème de la violence liée à la colonisation et à la décolonisation, ainsi que ses conséquences. Jalal, le héros, cherchant un sens à son combat, trouve sa réponse en Junkee avec lequel il partage l’envie de venger des injustices. Dans un monologue intérieur, il dévoile les raisons de sa révolte et surtout la « cause » juste qu’il veut défendre.

« C’est vrai, c’était la situation qui t’avait littéralement jeté dans le combat. C’est vrai, tu n’avais plus rien à perdre : ils avaient tué et horriblement mutilé Djazaïr, broyé sous leurs tanks  les chevaux, et tout, absolument tout brûlé. Quand ce soir pluvieux de mars 1960 tu avais précipitamment quitté Paris, tu  n’étais animé que par un motif : la vengeance. Venger ta mère. Venger les chevaux, surtout Saâd. Venger Tebessa et son bonheur détruit par les barbares. Venger. C’était tout ce que tu voulais. Venger. La passion pour la cause était venue plus tard. Quand l’Algérie puis le salut de tous les hommes t’avaient conquis. Le sentiment messianique, précisément, qui ne te concernait plus directement et t’avait du même coup transformé en un vrai combattant. Les barbares t’avaient tout pris ; maintenant, de toi-même, tu te dépouillais de tout ce qui te concernait personnellement, y compris toute préoccupation au sujet d’un quelconque bonheur personnel. Un peu comme Junkee aujourd’hui. A partir de ce moment, tu n’avais plus pensé qu’à la cause, et voilà pourquoi Junkee t’apparaissait de plus en plus sympathique.

Tu aurais voulu lui dire que bien que tu ne sois pas totalement d’accord avec la guerre totale dans laquelle il était lancé, tu le trouvais tout de même sympathique, et qu’en un certain sens tu sympathisais aussi avec son combat. »

On peut suivre sa transformation à travers son engagement au combat initialement motivé par la vengeance pour des pertes tragiques subies pendant la guerre d’Algérie, avec la répétition du verbe « venger ». La volonté de venger évolue vers un dévouement à une cause plus large, celle de la libération. Dans ce roman, l’auteur, d’origine tunisienne met en scène un héros algérien en quête de justice partageant le même combat qu’un Noir américain ; il souligne ainsi la solidarité et la légitimité de leur lutte commune et de toutes les causes similaires malgré certaines réserves sur la radicalité du combat.

Sources

Mustapha Tlili, La Rage aux tripes, Paris, © Editions Gallimard, 1975, 288 p.