Biographie 
Romancière née dans le village de Piton au nord de l’île Maurice, Nathacha Appanah débute comme journaliste en collaborant aux journaux locaux Le Mauricien et Week-End Scope. En 1998, elle choisit de s’installer en France où elle poursuit sa carrière journalistique.
Son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or (2003), un récit historique qui traite des travailleurs indiens engagés à l’île Maurice, lui vaut le Prix RFO du Livre. En 2004, parait son deuxième roman, Blue Bay Palace qui décrit une passion tragique, illustrant les différences de classe et de caste dans l’Inde contemporaine. Le Dernier Frère (2007), relatant un épisode poignant de la Seconde Guerre mondiale sur un jeune juif emprisonné à l’île Maurice, reçoit plusieurs prix littéraires.
Tropique de la violence (2016), inspiré de son séjour à Mayotte, remporte plusieurs prix, dont le prix Femina des lycéens. Rien ne t’appartient (2021) obtient le Prix des libraires de Nancy-Le Point. En 2023, elle publie La Mémoire délavée, un récit sur ses souvenirs d’enfance et ses ancêtres.
La nuit au cœur (2025), poignant récit sur l’histoire de trois femmes, victimes de violence conjugale, remporte le Prix Fémina et le Prix Goncourt des lycéens en novembre 2025.
Dans ses œuvres, traduites en anglais, reviennent des thèmes comme l’amour, l’identité et la mémoire.
Morceaux choisis
- Le dernier frère, 2007
- Rien ne t’appartient, 2021
Pourquoi j’ai choisi ces textes ? (PN - Septembre 2025)
Le dernier frère, c'est une histoire sur le poids de la culpabilité, mais surtout un hymne à cette étincelle qui redonne espoir : une main tendue, amicale, maternelle, le soutien qui sauvera Raj des eaux de l’enfer. L’amitié et le courage de celui qui sera comme un grand frère atténuent la souffrance qu’engendre la perte d’un être cher.
« Notre cœur et notre douleur étaient de nouveau à vif [.] C’est pour des moments pareils qu’il faudrait un mot pour dire ce qu’on devient à jamais quand on perd un frère, un fils."
On pourrait dire que ces parents sont « orphelins de leurs fils » et le frère survivant « privé de ses frères » ; trouver moult adjectifs pour décrire leur déchirement et leur douleur infinie. Et, rappeler encore indéfiniment cent mots de révolte pour raconter le chemin parcouru avant de faire le deuil. Dans ce combat avec le temps, avec l’absence et le vide, chacun fait un choix intime, un compromis pour survivre ou pour mourir... N. Appanah préfère inscrire une note d’espérance dans la trame de son roman. Nous suivons le cheminement de Raj, vivant le drame familial, la perte de ses deux frères, Vinod, Anil et son ami David, tout en acceptant son destin tragique, oscillant entre la mort et la vie, la mémoire et l’oubli, la souffrance et la délivrance. Nathacha Appanah opte pour la survie, le triomphe de la mémoire, de la présence en absence. Elle pose des jalons qui guident Raj dans son deuil. Tout au long de son roman, l’auteur propose ce souffle d’espoir. Sous sa plume, une prison devient délivrance. Véritable alchimie qui transforme progressivement le calvaire en rémission. Très habilement, N. Appanah remplira le cœur meurtri de Raj de réconfort. La présence salvatrice de la mère, cette mère qui saura guérir avec sa patience, sa douceur et sa tendresse, sans limites. Elle qui, avec un dévouement infaillible, saura offrir, au bon moment, à manger « avec ses doigts nus », le « bain de safran », baume corporel, et les tisanes de l’oubli pour s’endormir. La nature deviendra clémente avec les plantes miraculeuses, l’amitié fugace de David sera profonde telle une promesse de survie.
Dans Rien ne t'appartient, un roman au titre évocateur, présage le pire pour Tara, une jeune femme complètement perdue après le décès de son mari. Partagée entre sa quête identitaire et ses activités quotidiennes, elle devient attachante dans son combat ;
on voit surgir un autre personnage, Vijaya (qui signifie « victoire ») avec un retour vers l’enfance. Malgré son destin tragique de « fille gâchée », Tara (« étoile »), comme indique son prénom porte en elle les graines de la victoire et le rayonnement d’une étoile, va trouver en elle une force pour survivre, comme le dira la narratrice :
« Peut-être que dans les grands moments de détresse, les personnes comme moi s’inventent elles-mêmes leurs rites, leurs prières afin de dépasser l’innommable. Peut-être qu’une mémoire enfouie remonte et les transforme en femme sorcière, femme magicienne ? »
Avec, Rien ne t'appartient, on retrouve encore une fois chez Nathacha Appanah, cette étincelle qui redonne espoir, même s’il est infime.
Sources
Nathacha Appanah, Le dernier frère, © Éditions de l'Ovivier, 2007, 216 p.
Nathacha Appanah, Rien ne t’appartient, © Éditions Gallimard, 2021, 160 p.