Biographie 
Né dans une famille bourgeoise d’origine française en 1898 à Molenbeek-Saint-Jean dans la région de Bruxelles, Norge, pseudonyme de Georges Mogin, fait ses études au collège Saint-Michel et à l’école allemande. À 25 ans, il publie son premier recueil, 27 poèmes incertains, suivi d’un bon nombre de publications. En 1931, il co-fonde le Journal des Poètes avec deux autres poètes, Pierre-Louis Flouquet et Edmond Vandercammen et en 1937, rend hommage au poète lituanien, Milosz, dans Les Cahiers blancs.
Après son mariage avec l’artiste peintre Denise Perrier-Berche en 1940, il émigre en Provence où il devient antiquaire et connait une seconde période de production littéraire.
Son œuvre est progressivement reconnue, lui valant plusieurs prix, dont le Prix triennal de poésie en 1958 et l’Aigle d’or de la Poésie en 1969. En 1981, Jeanne Moreau chante ses poèmes, et en 1983, une Semaine Norge est organisée à Paris. Norge meurt à Mougins en 1990.
Morceaux choisis
- Une chanson, Les Râpes, 1949
- Encore un fils, La belle saison, 1973
- Dame en noir, Les Coq-à-l'âne, 1985
Pourquoi j’ai choisi ces textes ? (JMK - Janvier 2026)
Parce qu’ils illustrent la palette de Norge, qu’on a trop souvent réduit à sa diction populaire (fables, comptines, blagues, rondes et contes, formulettes et devinettes, refrains…). Mais il est chez le poète bien d’autres thèmes fondamentaux, comme l'angoisse et le désir. La fantaisie et la goguenardise voisinent ainsi avec la gravité et le désespoir, et l'enthousiasme dévorant avec les peurs les plus paniques. Jusqu’au bout, Norge aura continué à régler ses comptes avec la transcendance et la mort, jusqu’au bout, son œuvre aura exprimé une avidité robuste en même temps qu'un excès de stoïcisme.
Tout cela est bel et bon. Mais la vraie raison du choix de ces trois textes est toute personnelle. Parce qu’Une chanson est le premier texte que j’ai lu de Norge, et qu’entrer après cette lecture en contact avec le poète m’a valu une belle et longue amitié.
« Une chanson bonne à mâcher
Dure à la dent et douce au cœur.
Ma sœur, il faut pas te fâcher,
Ma sœur.
Une chanson bonne à mâcher
Quand il fait noir, quand il fait peur,
Comme à la lèvre du vacher,
La fleur.
Une chanson bonne à mâcher
Qui aurait le goût du bonheur,
Mon enfance et de tes ruchers
L’odeur. »
Parce que le second texte, il me l’a dédié.
« N’aurais-tu pas un second fils, Seigneur ?
La terre attend un nouveau labourage,
L’argile est sourde et l’homme est oublieur ;
Ta vieille voix n’a plus le même orage.
Un jeune fils après mille et mille ans
Pour nous éclore une jeune espérance.
L’homme assoiffé guette un jeune printemps
Ta vieille croix a perdu sa jouvence.
Ce fils cadet viendrait nous enseigner
Les feux, les vins de nouvelles aurores
Et sur son cri saurait beaucoup saigner,
Car l’homme croit ce que le sang colore.
Amour viendrait avec ton second fils,
Comme Jésus, longtemps nous jubiler
Et nous, Seigneur, pour changer le supplice,
Nous saurons bien le pendre ou le brûler. »
Parce que le troisième vient des derniers feux jetés par Norge :
« Minute, belle Dame en noir
Que votre hâte soit calmée,
Car on n’a pas fini de boire
Et l’on n’a pas fini d'aimer.
Ils viendront, c’est leur destinée
Mais l’un n'a pas fini de rire
Et l’autre commence à diner
L'autre n’a pas fini d’écrire.
Vous dites que c’est l’heure et l’ange
Trompette comme pour des sourds,
Mais moi, j’entends des cris d’amour
Miauler au fond de la grange.
Coudre, scier, peindre et la suite…
N’interrompez pas la besogne,
Vous voyez bien qu’à votre invite,
Tous les visages se renfrognent !
Vous avez tant de monde à bord
Que le bateau va chavirer.
Emportez ces gens-là d’abord
Vers vos îles enchevêtrées !
Minute, belle Dame en noir,
Votre appel rend les gens livides,
Le temps de se dire bonsoir...
...Tous les verres ne sont pas vides,
(Laissez-les s’essuyer la bouche)
Je vois même du quinquina
Dans celui d’un type qui n’a
Pas fini de parler des mouches. »
Alors qu’il est dans la nonantaine, il donne ses sans doute meilleurs recueils à mes yeux (Ne me lâchez pas la main (1982), Les Coq-à-l’âne (1985), Le Stupéfait (1988).
Sources
Les Râpes, © Éditions Pierre Seghers, 1949, 32 p.
La belle saison, © Éditions Flammarion, 1973, 144 p.
Les Coq-à-l'âne, © Éditions Gallimard, 1985, 152 p.