Biographie 
Né à Porto-Novo en 1946, Nouréini Tidjani-Serpos fait des études en France l’Université de Lille III où il obtient un doctorat d’État en 1987. Il occupe divers postes au sein de l’UNESCO, notamment Ministre-conseiller, Ambassadeur et président du Conseil exécutif où il s’engage à mener des actions avec beaucoup de dévouement et de diplomatie.
En tant qu’écrivain, il publie de nombreux ouvrages dont cinq recueils de poèmes dont Maïté (1967) Agba'nla (1973), le Nouveau souffle (1986), Porto-Novo, un rêve brésilien (1993) et Silhouette (1995) ainsi que des essais et des romans.
Collaborant à plusieurs revues littéraires, Nouréini Tidjani-Serpos est une des figures essentielles de la critique littéraire africaine.
Dans une œuvre qui marque les esprits, il montre le rôle salvateur de la poésie qui apaise pendant les moments de doute.
Morceaux choisis
- Promenade intérimaire, Agba 'nla, 1973
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Janvier 2026)
Dans ce fragment du poème « Promenade intérimaire » extrait du recueil Agban’la, Nouréini Tidjani-Serpos exprime avec intensité la peur universelle de la solitude, du silence et de l’injustice.
« Peur de la solitude
Peur de ce jour inhumain
Peur tout court.
Mon rire se fêle toujours à la limite du souvenir.
Dans le sourire commercial
Se profile le sous-monde aux anciennes larmes
Taries par la prise de conscience.
J’ai parfois les viscères en transes : un vin non classé
Est peut-être passé par là.
La bonne conscience de la foule est un monde
Dans un monde. Clos. Muré.
La résurgence de mes paroles sifflote
Sur la pérennité du silence.
Je suis hilare et triste ; d’une tristesse explosive.
Mais voilà le piège linguistique.
Pour quatre-vingt-dix pour cent d’entre nous
J’utilise le tympan insonore des mots
Ces mots dont le MONDE s’est servi
Ces mots qui ont asservi la mappemonde
Alors j’ai parfois peur collectivement des mots
Au sein du tiers monde.
Avec les mots que les autres m’ont prêtés
Muni du désert culturel des mots
Armé alors de l’insignifiance du silence.
Je me sentis inutile dans la misère d’un soir
Le soir où là-bas le bol de riz
Ne sera atteint que dans le mirage du rêve
Inutile dans l’aube qui ressemble à la nuit
Puisque la pâte de mil ne sera pas. »
Tout en mêlant tristesse, rire et frustration, l’auteur révèle la complexité des émotions face à l’oppression et de l’impuissance. La sensibilité du poète face à la condition humaine est particulièrement émouvante ; elle nous fait réfléchir sur notre propre rapport au monde, à la solitude et à la lutte pour la dignité. Comment trouver une voix authentique dans un monde souvent muet ou déformé par la langue et la culture ? Les mots masquent la réalité et quelquefois, il vaut mieux se taire plutôt que se lancer dans des débats stériles.
Sources
Nouréini Tidjani-Serpos, Agba’nla (1973) in Anthologie de la poésie d'Afrique noire d'expression française, Paris, © Éditions Hatier, 1987, p. 41-42.