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Paul Morand

Biographie Paul morand

Né en 1888 et mort en 1976 a été écrivain, diplomate et académicien dans une famille riche et proche du pouvoir durant la IIIe République. Il s’est révélé un auteur fécond avec environ 80 ouvrages appartenant à presque tous les genres. Il a eu un certain succès de plume et a fait une carrière diplomatique à Londres, à Paris, à Rome, à Madrid et à Londres à la veille de la seconde guerre mondiale. C’est à partir de 1940 qu’il dérape vraiment en affirmant son antisémitisme et en devenant proche du régime de Vichy. Il sera même membre du cabinet de Pierre Laval, premier collaborateur de Pétain et collaborateur lui-même avec les nazis. Ambassadeur à Berne, il sera révoqué à la libération par le général de Gaulle qu’il détestait et qui bloquera pendant des années son élection à l’Académie française. Il mourra méprisé.

Morceaux choisis

  • La nuit de Babylone, Fermé la nuit, 1922-23

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Octobre 2024)

Je suis tombé sur un petit livre de Paul Morand intitulé  Fermé la nuit »et écrit par lui en 1922/1924. J’avais le vague souvenir d’avoir déjà lu « Flèche d’Orient » roman de 1932 qui, si je me souviens bien, raconte un retour en avion vers l’URSS de Staline. J’ai trouvé un opuscule d’un style complètement différent qui totalise en fait six nouvelles. La langue y est faite de syntagmes désaccordés puis raboutés au petit bonheur mais avec un assez grand nombre de trouvailles heureuses, un peu dans le même genre que les textes de Boris Vian. Je constate que dans sa façon d’écrire, il a précédé Boris Vian d’une bonne longueur. Bien que les deux hommes soient totalement étrangers l’un à l’autre, je trouve que les procédés picturaux de Picasso à partir de 1907 dans Les demoiselles d’Avignon et, à partir de 1910, dans le Portrait d’Ambroise Vollard et dans toute sa production ultérieure s’apparentent à ce que j’appellerai un déconstructivime-reconstruisisme faute de mieux. Et c’est Picasso qui est le premier des deux à innover, avec plus d’audace et plus d’insolence. Le texte que nous avons choisi montre ce qu’il pense du personnel politique de la IIIe république et indique ce que sera son comportement durant la guerre.

« Précipité aux élections sur la liste d’un parti nouveau, j’entrai au Parlement et dans les Commissions, pour rebondir (à cause de ma canne caoutchoutée à la tête d’une fraction de groupe, jusqu’à un sous-secrétariat. Pas le temps de connaître Paris. Juste celui de le mépriser, d’entrevoir qu’il n’y a plus rien, ni une cave inédite, ni un salon fermé, ni un litre de lait non écrémé, ni un plaisir subtil à goûter, ni un appartement à louer, ni un parisien à souhaiter de connaître. J’avais assisté à quelques soirées. Des réunions entre quatre murs de papier d’or ; sur des matelas, recouverts de gros coussins sourds, rutilants et ridicules, les hommes et les femmes, incapables de plus supporter la contrainte des chaises, s’étendaient côte à côte, un verre entre les pieds ; des  jeunes filles montraient leurs aisselles où la sueur des danses collait des brillants ; elles ne cessaient de rire ou de s’entretenir dans un langage chiffré, incompréhensible, que pour s’écrier, parmi le crachement des siphons : « ce qu’on s’emm... » Je me souviens de mon indifférence à ces dangers urbains dont les gens et les livres avaient entretenu ma jeunesse stoïque. »

Lisez les morceaux choisis

  • Fermé la nuit, © Éditions Gallimard, coll. Folio, 1957, 145 p.