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Préface

 

Photo m joly

Au Conseil international de la langue française, depuis sa création, il y a plus de cinquante ans, nous avons toujours essayé de travailler en faveur du rayonnement de la langue française en accordant une place importante au dialogue des langues et des cultures. Aujourd’hui, le monde francophone, tiraillé de part et d’autre aurait tendance à se fragmenter. Avec son Anthologie des littératures francophones destinée à tout francophone et francophile, le CILF poursuit sa mission en rassemblant des auteurs et des autrices d’expression française du monde entier unis au-delà des frontières par la langue française. Celle-ci, langue internationale, est perçue aujourd’hui comme une « langue-monde » métissée, ouverte aux dialogues pluriels.

Les littératures francophones attestent de la présence de la France et de sa culture aussi bien à l’étranger que dans l’Hexagone, dévoilant l’interpénétration des cultures par une production dynamique et foisonnante. Leurs apports à la société sont multiples. En offrant une fenêtre sur l’expérience humaine tout en saisissant l’essence historique des peuples à travers les siècles, ces textes enrichissent notre compréhension du monde et nous incitent à réfléchir sur des nouvelles façons de voir les choses. Grâce au pouvoir des mots et à une écriture souvent caractérisée par une grande sensibilité et une profonde réflexion sur la condition humaine, les auteurs nous apportent une perspective unique. En plus des thèmes universels tels que l’amour, la famille, la mort et la quête de soi, ils explorent aussi, avec autant de force que de finesse, l’histoire coloniale, la justice sociale, les droits de l’homme, la guerre et les régimes autoritaires, les identités plurielles, la condition féminine, la migration et l’exil, le devoir de mémoire et la transmission, ainsi que la préservation des traditions et de l’environnement.

Parmi l’abondance des textes possibles, nous avons hésité entre ceux qui nous plaisaient et ceux qui sont nécessaires, choisis déjà par nos prédécesseurs parce qu’ils étaient les plus beaux ou les plus significatifs d’une conception de la vie ou de l’art du point de vue des auteurs. Il s’en faut pourtant de beaucoup que nous puissions nous déclarer satisfaits totalement de ce travail et cela pour plusieurs raisons. Nous aurions pu faire une tout autre anthologie, en choisissant des textes différents. Nous n’aurions pas eu de peine à en trouver une grande quantité tant la littérature francophone est riche de textes variés en prose aussi bien qu’en poésie. Nous ne sommes pas certains que nos choix, inspirés par nos préférences personnelles, aient été les meilleurs. Notre consolation provient de ce que la conception de ce travail permet de l’ouvrir à tous ceux qui voudront y apporter leur collaboration. Bénéficiant de plus de connaissances et de sensibilités que notre modeste équipe, ils auront peut-être à cœur d’enrichir cette œuvre évolutive, mais avant tout collaborative, d’y apporter leur participation. Ils sauront mettre en lumière des textes que nous avons négligés ou dont nous n’avons pas mesuré tout l’intérêt ou toute la portée. C’est donc à eux que nous nous adressons, en les remerciant par avance de leur contribution, afin que cette œuvre collective et vivante puisse répondre aux besoins de l’ensemble d’une francophonie largement ouverte sur le monde.

Pour finir, nous voudrions remercier particulièrement nos collègues, Abdelouahab Ayadi et Pravina Nallatamby. Tous deux ont « mis en musique » les textes retenus. Mme Nallatamby a fait un très gros travail de recherche et d’identification des auteurs pour que cette anthologie soit une anthologie vraiment francophone avec près de 400 auteurs pour cette première édition. Elle a en particulier mené un combat significatif pour obtenir des éditeurs qu’ils acceptent de nous autoriser à reproduire plus que les maigres citations qui sont autorisées par la législation sur le droit d’auteur. Comment rendre compte d’un auteur comme André Malraux par exemple si on cite deux lignes de lui ? Même trois ou quatre pages ne rendent pas compte d’un ouvrage comme La Condition humaine. Une conception rigide et restrictive de la législation sur le droit d’auteur fait finalement beaucoup plus de tort à la mémoire des auteurs que deux ou trois passages de texte qui pourront donner aux lecteurs l’envie de découvrir des écrivains dont ils ignoraient, parfois, jusqu’à l’existence. Cette attitude nous a paru contreproductive. Mme Nallatamby a donc dû user de toute sa diplomatie pour obtenir des autorisations afin d’élargir cette littérature aux auteurs contemporains de toutes les régions du monde francophone. Ceci s’est fait principalement au bénéfice d’auteurs francophones qui étaient peu connus et nous lui sommes très reconnaissant des combats qu’elle a remportés.

Nous adressons également nos remerciements à Monsieur Zaki Coussa, Madame Michèle Lenoble Pinson, Monsieur Jean-Marie Klinkenkerg, membres du CILF et Madame Danielle Tranquille, professeure de français en Australie pour leur participation à la première cuvée de cette Anthologie des littératures francophones ainsi qu’à tous les éditeurs qui ont bien voulu nous accorder gracieusement le droit de reproduire des textes pour nos lecteurs.

Contrairement aux pessimistes qui prétendent que la langue française est moribonde, ce travail démontre clairement sa vitalité, sa richesse et son actualité.

Hubert JOLY

Président du Conseil international de la langue française

1er décembre 2025