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Seydou Badian

Biographie  Seydou badian

Seydou Badian un écrivain et homme politique né à Bamako en 1928. Il fait des études de médecine à Montpellier et revient chez lui en 1956. Aux côtés du président Modibo Keïta, il s’engage dans la politique, écrit l’hymne national et après l’indépendance du pays en 1960, occupe plusieurs postes ministériels. Suite au coup d’État de 1968, il sera déporté à Kidak et s’exilera à Dakar.

En 1957, parait son premier roman, Sous l’orage, suivi de Le sang des masques (1976), Noces sacrées (1977). Trente ans plus tard, en 2007, il publie La saison des pièges. Son œuvre est reconnue et couronnée du Grand Prix des mécènes en 2017 quelques temps avant son décès à Bamako en 2018.

 

Morceaux choisis

  • Le sang des masques, 1976

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Février 2026)

Dans Le sang des masques, Seydou Badian raconte comment Bakari, le héros, revient transformé au village après un séjour en ville. Il a du mal à se réadapter à la vie sociale au cœur des tensions de tous les jours. Marqué par une autre perception des choses en milieu urbain, il essaie en vain de se réapproprier les traditions et les croyances ancestrales. Le retour aux sources devient tragique lorsque le jeune homme tranche de façon radicale entre deux univers antagonistes pour régler le conflit traditions-modernisme en choisissant la voie du suicide.

Dans un extrait particulièrement intéressant, l’auteur met en lumière la tension entre le respect des traditions et la nécessité de faire preuve de discernement face à certaines pratiques sociales archaïques et souvent nuisibles.

« Les traditions ? Voyons… l’esclavage, la gérontocratie, le rapt des femmes, les femmes en héritage au titre des biens meubles, les mutilations physiques pour ne citer que ceux-là, sont compris dans les traditions … alors, explique-toi ! (.)

Les obscurantistes, les mystificateurs, les médiocres et les imbéciles s’accrochent au passé intégral. Au maintien des traditions sans discernement. Les pratiques sociales archaïques et avilissantes sont une chose, les valeurs morales, artistiques et culturelles une autre. Faut pas mélanger serviettes et torchons. Il n’est à respecter que ce qui reconnaît et respecte l’homme. »

Le texte appelle à une réévaluation des valeurs traditionnelles, en affirmant que le véritable respect des traditions ne doit pas être un simple culte du passé, mais une reconnaissance sincère de la dignité humaine. En dénonçant avec force les obscurantistes, les mystificateurs, ainsi que ceux qui se complaisent dans la médiocrité ou l’imbécillité, le texte invite à une réflexion profonde sur la nécessité de remettre en question le conservatisme aveugle. Il souligne l’importance de ne pas se laisser piéger par un attachement irrationnel aux traditions ou aux pratiques du passé, mais plutôt d’adopter une posture critique et lucide face à l’histoire. Le message insiste sur le fait que le progrès moral et éthique doit primer, en privilégiant une vision qui respecte l’homme dans sa globalité, ses droits, sa dignité et ses aspirations. Seydou Badian nous invite à porter un regard critique sur l’histoire, tout en affirmant que le progrès moral et éthique est la clé pour bâtir un avenir meilleur, où la justice et la considération humaine occupent une place centrale.

Sources

Seydou Badian, Le sang des masques, Paris, © Éditions Robert Laffont, 1976, 250 p.