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Shenaz Patel

Biographie Shenaz patel

Née en 1966 dans la ville de Rose Hill, Shenaz Patel, passionnée de littérature, commence sa carrière de journaliste en 1985 et se lance par la suite dans l’écriture de nouvelles, de romans et de pièces de théâtre en français et en créole mauricien. À l’issue des études secondaires au Lycée La Bourdonnais, elle poursuit ses études supérieures à l’Université de la Réunion où elle obtiendra une Licence de Lettres Modernes. Engagée en politique, elle s’oriente vers un journalisme militant en collaborant au Nouveau Militant, avant de couvrir les sujets socioculturels pour le magazine Week-end et le quotidien l’Express.

Son premier roman, Le Portrait Chamarel lui vaut en 2002 le Prix Radio-France du Livre de l’océan Indien. En 2003, parait Sensitive, son deuxième roman, qui obtient le Prix du roman francophone. Sa pièce de théâtre, La phobie du caméléon (2005) est récompensée par le Prix Beaumarchais des écritures dramatiques de l’océan Indien. La même année, elle publie Le Silence des Chagos qui raconte la déportation des Chagossiens de leur île Diego Garcia, devenue une base militaire américaine dans l’océan Indien. Pour ce roman, elle reçoit le Prix Soroptimist de la romancière francophone et le Grand Prix littéraire des océans Indien et Pacifique en 2006-2007.

Dans Paradis Blues (2014), un roman poignant sur la condition féminine et Funambuler (2022), elle s’interroge sur le mystère d’écrire en précisant que l’écriture est un « chant », un « cri » pour « tenter de rompre l’enfermement, pour chercher la fissure, la passe qui ouvrirait l’échappée belle ».

Morceaux choisis

  • Paradis Blues, 2014

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Septembre 2025)

Paradis Blues est un récit confondant, qui tient le lecteur en haleine alors qu’il suit le cheminement de Mylène, la narratrice, piégée par des conventions sociales. En livrant le témoignage de celle-ci rythmé par des mots simples et des phrases courtes et percutantes, Shenaz Patel va droit au but. À travers la lutte de la jeune femme qui veut s’affranchir de son existence oppressante, elle explore le thème de la condition féminine de façon incisive, dans un style vif en soulignant l’importance du langage ainsi le rôle des mots et de la parole, comme action libératrice. En s’appuyant sur une métaphore marine, elle nous dit que même « les plages vides ne restent pas longtemps silencieuses. Il suffit d’en regarder une (.) De tous ses pores qui se dilatent, elle chuchote, elle murmure. »

L’autrice libère la voix de la narratrice qui sortira du silence pour exprimer sa souffrance et trouver un refuge dans sa chair qu’elle verra comme une « bouée » et une « armure » quitte à frôler des instants de folie. On la suit jusqu'à l’aboutissement de son combat alors qu’elle énumère ses rêves et ses désirs sans aucune crainte.

« Alors je dis ce dont je rêve.

Des lits profonds où nous ferons l’amour et dormirons longtemps.

Des matins de ciel clair et de tendresse infinie.

Des jarres d’eau fraîche pour réveiller nos peaux.

Des rires d’enfants et des babils d’oiseaux.

Des ciels à perte de vue où caravanent les nuages.

Des soirs de soie qui osent la caresse.

Des routes baignées de lune à prendre par hasard.

Des nuits de musique et de danse jusqu’au vertige.

Des mondes à reconstruire de nos mains nues.

De l’amour, de l’amour à pleins poumons.

Parfois des mots m’arrivent comme des marcheurs pressés. Dans ma gorge, ils se bousculent. Alors j’ouvre grand la bouche, et je laisse place à leur clameur. (.) J’ouvrirai grand la bouche pour que les mots cascadent et résonnent. Avec eux je dirai ces îles que nous portons en nous. Ces îles que nous sommes. Et je chanterai notre dérive, un peu désordonnée, sans doute, mais impatiente, mais obstinée, notre dérive volontaire pour recréer, au milieu de tout ce bleu, le continent rêvé… »

À la fin du récit, « en guise de note », elle nous dit ce que représente l’acte d’écrire pour elle. C’est une forme de prise de parole qui ouvre la voie à une certaine liberté. Le silence est d’or, dit-on, mais parfois, réagir par la parole et l’écriture devient nécessaire pour dénoncer des violences sourdes imposées aux femmes par la société.

Sources

Shenaz Patel, Paradis Blues © Vents d’ailleurs / Ici & ailleurs, Collection « Pulsations », 2014, 61 p.