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Shumona Sinha

Biographie Shumona sinha

D’origine indienne, Shumona Sinha, membre du Parlement des écrivaines francophones,  est née en 1973 à Calcutta. Suite à ses études en Sciences politiques à l’Université de Calcutta et l’obtention d’une maîtrise en littérature et linguistique française, elle se rend en France en 2001. Elle y travaille comme professeur d’anglais et comme interprète traductrice en langue bengalie à l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

Son premier roman, Fenêtre sur l’abîme paraît en 2008. Suivront plusieurs publications dont Assommons les pauvres ! (2011), Calcutta (2014), Apatride (2017), L’autre nom du bonheur était français (2022). En 2014, elle obtient le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises de l’Académie française.

Dans son œuvre, elle aborde des thèmes tels que le déracinement, les bouleversements sociaux en Inde, et la condition féminine tout en soulignant les parallèles entre les sociétés indienne et française.

Morceaux choisis

  • Calcutta, 2014

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Janvier 2026)

Dans ce récit, Trisha retourne dans sa maison d’enfance à Calcutta après la mort de son père, Shankhya. Elle se rappelle de sa famille un peu singulière, particulièrement marquée par des événements politiques comme le communisme et le fanatisme religieux. Le tableau familial est sombre : une mère fragile, souffrant de folie et de dépression, un père communiste en lutte contre la maladie de sa femme, et une grand-mère Annapurna, veuve, devenue infirme après un accident. À travers une écriture grave et empreinte de nostalgie, Shumona Sinha aborde la complexité des relations humaines en nous offrant une réflexion sur le poids du passé, l’accumulation des malentendus, les complicités familiales, la solitude de certains personnages comme celle de sa mère Urmila et la force intérieure remarquable d’autres comme celle d’Annapurna, sa grand-mère et d’Ashanti, la mystérieuse danseuse au destin tragique.

« La légende d’Annapurna fut possible grâce à la disparition de son époux. Pour qu’elle devienne de plus en plus grandiose, il avait fallu que l’autre s’achève, s’évanouisse, lui laisse la place. Foudroyé en pleines vacances par une crise cardiaque, à l’âge de quarante ans, le fonctionnaire d’État, l’homme paisible du bureau de poste d’un village près de Calcutta, ne lui avait pas laissé assez de temps pour le deuil. Annapurna fut plus bafouée que chagrinée. Et peut-être pour cela qu’elle vécut le restant de sa vie fièrement arrimée, inébranlable, au sentiment de son devoir. Elle n’avait pas voulu manquer aux siens. (.) La mort l’avait taillée à coups de serpe et elle est restée droite et semblable à ces couteaux de pierres immuables. »

Shumona Sinha emploie ici des images très puissantes pour décrire la résilience d’Annapurna face à la perte de son mari. Avec Calcutta, on se laisse emporter par l’histoire de Trisha et sa famille et la beauté de la narration à la fois réaliste, touchante et poétique.

Sources

Shumona Sinha, Calcutta, © Éditions de l’Olivier, 2014, 204 p.