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Tchicaya U Tam'si

Biographie Tchicaya u tam si

Né en 1931 dans le village de Mpili à plus de 500 km de Brazaville, Tchicaya U Tam'si est un des grands écrivains du continent africain, à la fois romancier, poète et dramaturge. Après une enfance dans la ville de Pointe Noire située au sud du Congo, il arrive en France à l’âge de quinze ans pour ses études et commence à écrire des poèmes.

Il publie son premier recueil de poésie, Le mauvais sang en 1955. Suivront d’autres poèmes avec Feu de Brousse (1957), Le Ventre (1964), Arc musical (1970), des romans comme Les Cancrelats (1980), Les Phalènes (1984) et des pièces de théâtre : Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku, prince qu’on sort (1979), Le Bal de N’dinga (1987). Son œuvre explore les thématiques de la politique et de l’histoire avec poésie et humour, laissant parfois parler les silences et des animaux de la forêt en prenant le ton des fables.

La Main sèche, un recueil de nouvelles qui parait en 1980 montre bien l’influence de la tradition locale ainsi que les contes et légendes de la culture congolaise.

Morceaux choisis

  • Noces, La main sèche, 1980

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Janvier 2026)

Avec La main sèche, une œuvre captivante et provocante, Tchicaya U Tam’si, explore, à travers onze textes courts mais denses, la quête identitaire de ses personnages. Dans la nouvelle Noces, on assiste à la chute d’un monde dominé par des démons aux apparences humaines.

« Le fric pourri, ça rend dingue ceux qui l’ont. On n’a plus qu’à hurler de voir ça. Par exemple, boire dans des verres de lotus en vermeil, sertis de diamants qui mettent le feu aux boissons que l’on boit, on finit par trouver qu’on est vicieux d’avoir soif. Où avez-vous déjà bouffé des langues farcies au cumin qui semblent vivantes dans une sauce miel ? Pour la manger, vous devez la porter entière à la bouche, puis la laper, pour sentir qu’elle s’enroule autour de votre propre langue, si bien que vous ne savez plus si vous rendez un baiser, suave comme jamais rien ne vous a paru suave jusqu’alors, ou… Des mets comme ça n’existent que dans les délires. Une noce où vous délirez vous donne un corps à si léger que vous avez peur d’être une pelure de cristal, peut de flotter et de vous briser de force de vous laisser jouer par la griserie, hum ! Ah, mon Dieu, j’en perds mon souffle d’y penser ! Même s’il n’y avait eu que ça, j’aurais raison de ne jamais oublier avoir été à une telle noce. J’en revins, je ne sais comment, mais pas seul – ça je ne le sus que le lendemain quand je me réveillai, sonné comme une gueule de bois et des migraines mémorables. J’avais bu, mangé, dansé. J’avais flirté. »

L’extrait ci-dessus montre comment l’auteur juxtapose la richesse ostentatoire et la gourmandise extrême avec des images presque grotesques, invitant ainsi le lecteur à une réflexion sur l’avidité, la superficialité et la perte de sens dans une société obsédée par le luxe et la fête. À travers cette description sensorielle intense, évoquant à la fois la décadence et le plaisir éphémère, il nous livre une critique sociale acerbe, mêlant illusion et réalité.

Sources

Tchicaya U Tam'si,  La main sèche, ©  Editions Robert Laffont, 1980, 199 p.