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Antonine Maillet

Biographie Antonine maillet

Née en 1929 à Bouctouche, une ville au sud-est du Nouveau-Brunswick (ancienne Acadie), Antonine Maillet est une écrivaine renommée dont l’œuvre, traduite dans plusieurs langues, célèbre la culture acadienne. Romancière et dramaturge, elle publie de nombreux romans, pièces de théâtre et contes pour enfants, dont Pélagie-la-Charrette, qui lui vaut le Prix Goncourt en 1979.

Parmi ses œuvres majeures, on peut citer La Sagouine (1971), Don l’Orignal (1972), qui sera récompensé par le Prix du Gouverneur général, Mariaagélas (1973) qui obtient le Prix France-Canada, L’Acadie pour quasiment rien (1973), Évangeline Deusse (1975), Les cordes-de-bois (1977), L’Oursiade (1990), Comme un cri du cœur (1992), Le chemin St-Jacques (1996), Chronique d’une sorcière de vent (1999), Madame Perfecta (2002) et Le mystérieux voyage de Rien (2008) qui lui tenait particulièrement à cœur.

Son inspiration provient des paysages salins et de la richesse de l’histoire acadienne, créant un univers peuplé de personnages porteurs d’un peuple fier et vibrant. Jusqu’à sa mort en 2025 à Montréal, à 95 ans, elle continue d’écrire avec passion, portant la voix de son peuple et de la langue française. Elle reçoit de nombreux honneurs, notamment le titre de Grande Montréalaise dans la catégorie culturelle en 1991, plusieurs ordres et doctorats honorifiques, témoignant de son importance dans la culture francophone.

Antonine Maillet demeure une figure emblématique, dont l’énergie et l’engagement ont marqué la scène littéraire et culturelle.

Morceaux choisis

  • Le mystérieux voyage de Rien, 2008

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Juillet 2026)

Avec son titre percutant, Le mystérieux voyage de Rien nous attire et nous intrigue en nous promettant des découvertes insolites au détour de périples pittoresques. Rien, personnage principal rencontre Personne, « l’homme de savoir et de mémoire », qui devient son guide sur les chemins de la vie. Tous les deux feront la connaissance de Quelqu’un, un « vieux loup de mer » des plus attachants. Partant ensemble à l’assaut du monde, les trois compères croisent sur leur route moult splendeurs et dangers en défiant le Temps et en s’alliant au Possible et à l’Impossible. Lors de ce voyage initiatique, Rien s’émerveille devant la beauté de la nature et développera une sensibilité écologique, tout en prenant conscience des injustices dans le monde. En quête perpétuelle, il passe du rêve à la réalité. Dans cette conquête de l’univers, entre mer, terre et sphères illusoires, les aventures alternent avec des chagrins, des doutes, des déceptions, des élans de courage et de peur, des moments de joie et d’amour. Il apprend à appliquer la morale, à jauger le danger, à rechercher l’équilibre, à apprécier et respecter les grandes civilisations et à percer les origines de l’homme. Il parcourt presque tous les continents, de la forêt amazonienne au désert mauritanien, des hauteurs des Cordillères des Andes et des Pyrénées, en passant par les traces de Don Quichotte, pour se rendre encore plus loin jusqu’au sommet de l’Himalaya, au Tibet, en Mongolie et au pays des Inuits.

Le lecteur savoure chaque page en voyageant au cœur d’un récit qui l’enveloppe et l’entraine en mêlant habilement humour et réflexions philosophiques à des descriptions sensorielles qui révèlent la magie du monde avec poésie. On pourrait relire plusieurs fois certains passages décrivant l’arrivée du printemps, la sensation de sa fraîcheur ou les teintes de l’arc-en-ciel s’ajoutant à celles de la mer, des forêts et des champs.

On suit les pas des personnages, on partage leurs découvertes et leurs ascensions, on vibre à chaque détour, comme si on faisait partie soi-même du voyage à travers le monde et ses dilemmes. On se délecte également en se régalant des jeux de mots autour de « rien, personne et quelqu’un » ainsi que des québécismes et acadianismes qui rappellent l’enrichissement de la langue française de l’autre côté de l’Atlantique. Comment ne pas s’émouvoir quand Rien aura son premier chagrin et va s’engotter (s’étouffer) « dans un infini sanglot et laissa couler un torrent de larmes. » ? Courageux, pendant tout le récit, il s’ambitionne (se donne beaucoup de mal) au détour des péripéties, mais se fait chicaner (se disputer) et sourlinguer (gronder sévèrement) quand il fait des bêtises. La jarnigoine (débrouillardise) époustouflant du petit lutin le rend humain et en fait un personnage touchant.

Le roman se lit comme un conte philosophique. Et, à un moment donné, Rien s’interrogera sur les causes à défendre sur Terre et finit par se retrouver dans la cause défendue par Carlos :

« il reconnut dans la cause du camarade celle qui en englobait plus d’une : l’abolition de l’injustice et la reconnaissance des droits ancestraux qui garantissent la sauvegarde des cultures, de la langue et de l’identité ».

À travers le « petit » Rien, surnommé Tit-Rien dans le récit, Antonine Maillet nous invite à réfléchir sur le sens et les choix de vie de chacun. Notre héros se posera aussi des questions existentielles :

« Est-ce assez d’une vie pour tout comprendre, tout faire, tout sentir, tout explorer, tout vivre jusqu’au bout ? »

L’autrice ne lâche pas le lecteur, qui reste captivé jusqu’au bout par Tit-Rien dans son cheminement d’initiation. Au bout du compte, Rien se rend compte que :

« L’existence était le plus grand don, la nature la plus grande richesse, la planète l’asile de tous les heureux gagnants du gros lot de la vie. »

Le mystérieux voyage de Rien est un chef-d’œuvre stylistique et philosophique qu’on prend plaisir à lire en admirant la beauté de sa « multitude de mots gros… comme des petits riens qui sautillent et s’épivardent (s’amusent)… ».

Sources

Antonine Maillet, Le mystérieux voyage de Rien, © Leméac / Actes Sud, 2008, 310 p.