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Arezki Loutis

Biographie Arezki loutis 1

Arezki Loutis, écrivain très engagé en milieu associatif pour le développement culturel en Kabylie, est né en 1968 à Maâtkas, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Après une formation technique, il s’oriente vers le métier de documentaliste et exerce comme bibliothécaire au Centre culturel de sa ville natale. C’est au cœur de cet espace dédié aux livres que s’éveille sa véritable passion pour la littérature. La lecture de Rachid Mimouni, avec des œuvres marquantes comme Tombéza, L’Honneur de la tribu et Le Fleuve détourné, représente une révélation décisive. D’autres grands noms, tels que Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, mais aussi Victor Hugo, Flaubert, Baudelaire et Tahar Ben Jelloun, viendront par la suite nourrir son imaginaire et stimuler son désir d’écriture.

En 2004, il quitte sa région natale pour travailler dans le Sud algérien, où il occupe un poste d’archiviste-documentaliste au sein de la Société Nationale de Génie Civil et Bâtiment, une filiale du groupe Sonatrach. Durant près de deux décennies, il accumule de précieux souvenirs, des rencontres enrichissantes et des tranches de vie qui s’impriment en lui comme une matière littéraire en gestation.

En 2023, il renoue avec l’écriture en publiant sur les réseaux sociaux de courts récits inspirés de sa mémoire et de son parcours. L’accueil chaleureux des lecteurs l’incite à structurer ces textes pour en faire une véritable œuvre romanesque. De cette démarche naît L’Amour au nif levé, son premier roman publié en 2026. À travers cet ouvrage, il explore avec finesse la transmission des valeurs, la mémoire collective, les liens intergénérationnels et les mutations de la société, faisant de sa Kabylie natale le point d’ancrage d’une narration à portée universelle.

Morceaux choisis

  • L’amour au nif levé, 2026

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (BS - Octobre 2026)

Ce roman d’Arezki Loutis, préfacé par l’écrivain Arezki Metref, s’impose d’emblée comme une fresque intime, littéraire et collective profondément ancrée dans les reliefs kabyles des Aït-Aïssi. À travers le parcours initiatique de Mokrane — d’un simple enfant de la tazeqqa à la noble fonction d’instituteur et de « semeur de lumière » — l’œuvre interroge avec une grande finesse la transition délicate d’une génération à une autre. Le texte célèbre avec force la dignité retrouvée, l’attachement viscéral à la terre nourricière de nos ancêtres et la reconquête identitaire par le savoir, l’éducation et le pouvoir émancipateur des mots.

L’univers du récit repose sur une dualité permanente entre la rudesse impitoyable de la nature et la chaleur réconfortante des traditions séculaires. Le village s’organise ainsi autour de figures tutélaires, de la maison (tazeqqa) et de la fontaine (thalla), formant un écosystème précieux où chaque geste quotidien est un héritage vivant. Le nif, exigence morale et fierté inébranlable, permet aux habitants de traverser « l’adversité le front haut ». Dda M’henna incarne à merveille cette sagesse terrienne : par son silence protecteur, il transmet à son fils la certitude absolue que le labeur quotidien et l’école sont les véritables leviers d’émancipation.

«   Mais ce jour-là, une autre pensée occupait tout son esprit : plus douce, plus lumineuse — accompagner son fils Mokrane pour sa toute première journée d’école.

     À l’aube, ses pas l’avaient mené jusqu’aux figuiers, mais son cœur, lui, était resté auprès de la maison. Chaque goutte versée sur les racines semblait préparer, à son insu, le départ d’une autre racine : celle de son propre fils.

     Il l’observait en silence, lisant sur son visage cette agitation contenue, ce mélange d’impatience et d’incertitude. Il sourit. Il savait que son fils, tout comme lui jadis, s’apprêtait à écrire les premières lignes d’une histoire nouvelle.

     Il aurait voulu lui dire tant de choses : lui parler du monde, de ses ruses, de ses duretés aussi. Lui dire que marcher droit fatigue parfois plus que courir. Lui dire que chaque pas qu’il ferait, chaque chute qu’il connaîtrait, deviendrait un fragment de sa force. Mais les mots lui restèrent au fond de la gorge…

     Alors il tendit simplement son bras : large, rugueux, marqué par la terre et les longues saisons. Mokrane l’attrapa sans hésiter ».

L'entrée à l’école marque une rupture décisive dans la trajectoire du protagoniste, faisant office de « revanche silencieuse » face à l’histoire et aux blessures du passé.

Devenu instituteur à son tour, Mokrane refuse la posture du savant autoritaire pour adopter une pédagogie de la bienveillance (« Nous allons apprendre ensemble »), prolongeant l’œuvre de son père et devenant un véritable « semeur de lumière » particulièrement attentif aux détresses tues. Partagé entre la modernité lumineuse d’Alger et l’enracinement kabyle — incarné par son tendre amour d’enfance Houria —, il réussit à réaliser la synthèse harmonieuse de son identité, unissant subtilement l’intime et le collectif dans un même élan d’avenir et de liberté.

Sur le plan esthétique et stylistique, l’écriture se distingue par une grande sobriété où les émotions les plus intenses ne s’encombrent jamais de pathos, mais s’expriment à travers des gestes discrets. Le lexique agricole irrigue en profondeur toute la psychologie humaine : les villageois, constamment comparés aux oliviers robustes et aux amandiers résistants, demeurent « ancrés profondément, capables de refleurir même après les hivers les plus rigoureux et les plus sombres ».

L'Amour au nif levé se lit ainsi comme une ode lumineuse, universelle et profondément bouleversante à la transmission intergénérationnelle, à la mémoire et à la fidélité indéfectible aux origines. En faisant du destin de Mokrane un parcours exemplaire, l’auteur démontre que la véritable richesse ne réside jamais dans les apparences ou les biens matériels, mais dans la constance de l’effort, la droiture du cœur et le respect absolu des racines. La naissance du petit Saïd vient finalement refermer ce cercle narratif sur l’espoir tenace d’une mémoire collective jalousement préservée, pour toutes ces précieuses générations futures et passées qui nous ont construits.

Sources

Arezki Loutis, L’amour au nif levé, © L’Harmattan, 2026, 135 p.