Biographie 
Né en 1926 à El-Jadida, une ville située à une centaine de kilomètres de Casablanca, Driss Chraïbi est un écrivain engagé et critique. Après avoir obtenu son baccalauréat au lycée français de Casablanca, il part à Paris pour étudier la chimie. Mais sa passion pour la littérature le pousse à abandonner les sciences pour se consacrer à l’écriture.
En 1954, son premier roman, Le Passé simple, lui apporte la reconnaissance, abordant le Maroc à l’aube de l’indépendance tout en explorant des thèmes complexes liés à la figure paternelle. Son deuxième roman, Les Boucs (1955), se déroulant en banlieue parisienne et explorant la vie des immigrés, remet en question les valeurs de la République française.
D’autres œuvres comme L'Âne (1956) et De tous les horizons (1958) continuent d’explorer des thèmes sociaux. Succession ouverte (1962) évoque des retrouvailles avec le père, tandis que La Civilisation, ma mère ! (1972) célèbre la femme marocaine dans la construction d’un pays indépendant.
Suivra la publication d’autres ouvrages traitant des questions sur la condition humaine et de récits autobiographiques, Vu, lu, entendu (1998) et Le Monde à côté (2001) où il dévoile son enfance et sa vie d’écrivain.
Il meurt dans le sud de la France à Valence en 2007 en laissant une œuvre très riche et variée.
Morceaux choisis
- La civilisation, ma mère… ! , 1972
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Octobre 2025)
Ce récit est considéré une œuvre majeure de la littérature marocaine moderne, explorant les mutations sociales et culturelles du Maroc durant la colonisation française. À travers l’évolution de la mère entre valeurs ancestrales et modernité, le roman illustre la transition d’une vie traditionnelle et patriarcale vers l’éducation et l’émancipation. Driss Chraïbi, dénonce les compromis de la colonisation tout en valorisant la dynamique de changement.
Dans ce roman, le personnage de la mère se révèle très attachant. Dès le début, l’auteur en fait le portrait avec beaucoup de poésie :
« Pour filer, elle elle n’avait rien que ses mains – et ses orteils. Mais son agilité et sa patience étaient telles qu’on eût juré qu’elle avait cent doigts doués d’un mouvement de bielles. Les pelotes de laine s’enroulaient, grossissaient, croissaient en nombre autour d’elle. Et, ce faisant, elle soliloquait, fredonnait, riait, comme une enfant heureuse qui n’était jamais sortie de l’adolescence frustre et pure et ne deviendrait jamais adulte, en dépit de n’importe quel événement – alors que, la porte franchie, l’Histoire des hommes et leurs civilisations muaient, faisaient craquer leurs carapaces, dans une jungle d’acier, de feu et de souffrances. Mais c’était le monde extérieur. Extérieur non à elle, à ce qu’elle était, mais à son rêve de pureté et de joie qu’elle poursuivait tenacement depuis l’enfance. C’est cela que j’ai puisé en elle comme l’eau enchantée d’un puits très, très profond : l’absence totale d’angoisse ; la valeur de la patience ; l’amour de la vie chevillé dans l’âme. »
Par ailleurs, la manière dont il évoque l’absence d’angoisse et l’amour de la vie chez la mère nous invite à réfléchir sur la beauté des choses simples et le pouvoir des rêves. Il nous dévoile l’image d’une femme forte et bienveillante par l’impact qu’elle aura sur le narrateur fasciné par son courage et sa résilience, soulignant ainsi le rôle de la mère dans l’éducation des enfants.
Sources
Driss Chraïbi, La civilisation, ma mère… ! © Éditions Denoël, 1972, 181 p.