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Edouard Glissant

Biographie  Edouard glissant

Né en 1928 à Sainte-Marie en Martinique, Edouard Glissant est un écrivain reconnu pour sa vision inclusive du monde. Après des études secondaires à Fort-de-France, il part en 1946 poursuivre ses études en philosophie et ethnologie à Paris.

Sa carrière littéraire décolle avec ses premiers ouvrages de poésie et son roman La Lézarde, qui lui vaut le prix Renaudot en 1958. À travers ses romans, poèmes et essais, il examine les enjeux de la décolonisation et la richesse des relations interculturelles, contribuant ainsi à la renaissance de la pensée antillaise et à la littérature postcoloniale. Il explore aussi la notion de créolisation qui, selon lui, suppose une réflexion sur le langage.

Directeur de la revue Le Courrier de l’Unesco de 1982 à 1988 et enseignant dans plusieurs universités aux États-Unis, il publie une œuvre riche et variée, explorant la poétique, le roman et l’essai, avec des ouvrages majeurs tels que L’Intention poétique (1969), Le Discours antillais (1981) et Tout-monde (1993) avant de s’éteindre en 2011 à Paris.

Morceaux choisis

  • Le sel noir,  1983

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Septembre 2025)

Avec Le Sel noir, inspiré par Aimé Césaire et Saint-John Perse, Edouard Glissant allie poésie, mémoire et résistance pour exprimer la souffrance liée à l’esclavage. Le conteur, en tant que porte-voix des opprimés, chante la terre et met en avant les corps abîmés par l’histoire, ainsi que les villages dévastés.

« Le conteur mesure sa parole dans l’éclatement démesurée. Il va, par solitude même, chanter la terre, ceux qui la souffrent. Il n’offre la parole à tels qui s’en enchantent, s’y exaltent ; mais aux corps brûlés par le temps : halliers, peuples contraints, villages nus, multitude du rivage.

Quand, ce sage marin, mesuré diseur, son chant l’achève, le recommence. Il vient, enfant, dans le premier matin. Il voit l’écume originelle, la première suée de sel. L’Histoire, qui attend. »

Cette approche souligne la solitude de l’artiste, qui utilise sa parole pour évoquer une réalité souvent ignorée.

Dans ce recueil de poésie, l’écrivain emploie la métaphore du sel, à la fois vivante et tragique, pour traduire la douleur des opprimés à travers l’histoire de l’Afrique avec ses luttes et ses espoirs.

« Un peuple vient : on lui allouera sa mesure de sel sur le labour des plaies. Libre enfin il lamente sur les cendres. Le sel à jamais s’est mêlé au sang des victimes et aux pierres blessées qui furent œuvre d’homme. »

Malgré la souffrance des victimes, il fait jaillir la lumière avec l’espoir d’une renaissance en prenant appui sur la poésie et la parole.

« Acclamation : C’était le sel dans la vasque du temps. Il n’en est resté que l’urne obscure des mots. Est-il un matin ? Certes l’obscurité est de bon augure, - quand les mots luisent au perron de la maison. Dans ce royaume de nos mains. »

Le poète engagé nous touche par l’évocation des émotions fortes  à travers des images puissantes, tout en offrant une réflexion profonde sur l’identité et l’histoire africaine.

Sources

Edouard Glisssant, Le sel noir, © Gallimard, 1983 (3e éd.), 192 p.