Biographie 
Elvis Ntambua Mampuele, romancier, est né à Kinshasa en 1995. Diplômé en information et communication à l’Université Lumière-Lyon-II, il est convaincu de l’écriture est nécessaire pour préserver la mémoire d’un peuple. Selon lui, il est essentiel de témoigner de son époque et de transmettre le fruit de ses réflexions aux générations futures. Chroniqueur, il collabore à plusieurs revues et magazines. Très engagé dans ses écrits, il essaie de restituer fidèlement la vie de sa communauté en décrivant danses, coutumes, traditions afin de mettre en valeur l’identité collective des Congolais.
Il sera lauréat du Prix Senghor du public du premier roman francophone pour Makila, paru en 2025, un roman qui raconte l’histoire tragique d’un enfant-soldat de la guerre.
En parallèle de son activité littéraire, il se consacre également à la promotion de la culture et la lecture en facilitant l’accès aux livres dans la commune de Lingwala à Kinshasa.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Mai 2025)
En fait, ce livre, roman comme il est indiqué, ou autobiographie partielle, n’aurait jamais dû être écrit. Parce que tout ce qu’il relate n’aurait jamais dû exister. Il s’agit de l’histoire d’un enfant de onze ans arraché à ses parents et à des frères et sœurs, enrôlé comme enfant-soldat. Il n’y a pratiquement pas dans les 313 pages que compte l’ouvrage, une seule page sans que soit décrit le calvaire vécu par l’enfant et deux de ses compagnons de misère qui finiront par être tués. Toute la gamme possible des horreurs de la guerre défile sous nos yeux sans que nous soyons capables d’interrompre le cours de notre lecture tant tout est atroce dans la vie misérable du héros sous la férule d'un chef de bande cruel. Au fil des pages, à force de malheurs et de souffrances, l’enfant-soldat s’'endurcit et perd toute notion des sentiments humains. Assistant aux viols et aux exécutions sommaires, il est peu à peu conduit à les intégrer à sa personnalité et à les pratiquer lui-même sans la moindre pitié.
« Mon arme et moi étions désormais siamois, jamais l’une sans l’autre. Je devenais sanguinaire, j’adorais voir jaillir du sang au point de faire des fontaines sur les corps des adversaires et de mes victimes. J’allais voir les visages envahis par la peur avant de froisser le mien et de mettre un point final à la vie de celui qui m’avait croisé.
J’avais de la lumière, mais la rébellion l’avait littéralement éteinte. Je n’avais aucune solution, si ce n’était que de me laisser librement guider par les côtés les plus obscurs de la guerre : le viol et la tuerie ».
Cette région du Congo, dans le Kivu, non loin de Goma, est toujours le théâtre d’atrocités contre lesquelles la population reste sans défense. Seule une lueur faible d’espoir, peut-être même une grande joie après tout ce qu’il a vécu, permet au lecteur de ne pas, à son tour, sombrer dans le désespoir, lorsque l’enfant devenu un garçon costaud d'une vingtaine d'années finit par retrouver sa mère. Livre poignant s’il en est...
« As-tu compris que l’Afrique est indispensable et vitale ? L’histoire raconte qu’elle est le ‘berceau de l’humanité’, le savais-tu ? Pourtant, actuellement, à la suite des guerres, des génocides et de tout ce qu’elle a subi, elle est devenue le linceul, le tombeau même de l’humanité. »
Ces extraits illustrent bien la problématique d’une Afrique qui aurait pu être, et qui a peut-être, été, il y a fort longtemps, un paradis, mais qui est devenue de nos jours une terre de malheur où l’humanité souffre sans répit, sans remède.
Sources
Elvis TAMBUA MAMPUELE, Makila, Casablanca, © Éditions la Croisée des Chemins, 2025, 313 p.