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Eugène Ébodé

Biographie Euge ne e bode

Né en 1962 dans la ville de Douala à environ 240 km à l’ouest de Yaoundé, Eugène Ébodé, écrivain, est depuis mars 2022 administrateur de la nouvelle chaire des littératures et des arts africains à l’Académie du Royaume du Maroc et professeur en diplomatie culturelle à l’Université Lansana Conté de Sonfonia, à Conakry (Guinée). Diplômé de l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence et du CELSA (École des hautes études en Sciences de l’information et de la communication), il est Docteur en littératures française et comparée (Université Paul-Valéry, Montpellier 3) et Docteur Honoris Causa de l’Université Mahatma Gandhi de Conakry (Guinée).

Passionné de littérature, il collabore en tant chroniqueur littéraire à plusieurs publications dont le quotidien suisse, Le Courrier de Genève, et le bimensuel genevois, La Cité. Dans son œuvre romanesque, Eugène Ébodé explore des thématiques variées comme l’identité, la mémoire et le passage à l’âge adulte. En 2007, il reçoit le prix Eve Delacroix de l’Académie française pour son roman Silkani et en 2014, le Grand prix littéraire d’Afrique noire pour son roman Souveraine Magnifique.

Parmi ses principaux romans, on peut également citer : La Transmission (2002), Le Fouettateur (2006), La Rose dans le bus jaune (2016), Le Balcon de Dieu (2019) et Brûlant était le regard de Picasso (2021), Habiller le Ciel (2022) et Zam-Zam (2025).

En 2025, il obtient le diplôme de la WOW (World Organisation Writers) pour sa contribution au rayonnement de la littérature.

Morceaux choisis

  • La transmission, 2002

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Octobre - 2026)

« Qui écrira le silence mortifère qui rend révoltés à jamais ceux qui peuvent ressentir une douleur sans en déterminer les contours anciens et les figures d’épouvante qui leur ont donné existence ? »

La transmission est un roman puissant sur le devoir filial et l’héritage des dettes ancestrales. Comment s’en affranchir pour tracer son propre chemin en toute sérénité ? L’auteur va explorer cette problématique pendant tout le récit.

Tout commence par la promesse d’un fils à son père sur son lit de mort. Le jeune Eugène prend à cœur cette mission : honorer la dernière volonté paternelle, se libérer d’une dette ancienne, « réparer sa faute » et « panser les plaies » des grands‑parents maternels en réglant la dot de sa mère afin de construire sa vie. Accablé par cette lourde responsabilité, il se rend au village maternel pour accomplir son devoir. Sur son chemin, il rencontre les amis de son père. Ces derniers lui racontent les folies de jeunesse et les prouesses patriotiques de Karl, son père, qui, infirmier, a un jour décidé de se lancer en politique. Eugène découvre des secrets de famille qui bouleversent son esprit, et l’auteur les raconte dans un langage virulent et imagé :

« J’étais envolcanisé. Il me faut résumer mon état : j’étais devenu averse et tempête de sable. J’étais brise et cyclone. J’étais comme une mer secouée par ses rouleaux. (.) Dans la confusion des impressions et des sentiments que m’inspirait l’aveu d’Ichar, je m’accrochais à quoi ? Au vide ! »

Le thème de la transmission traverse le récit comme dans la conversation entre Karl et son propre père qui critique le ramollissement des enfants :

« Vous méprisez à tort ce qui a fait de nous ce que nous sommes. Je considère cela comme le plus douloureux des effondrements. Cela me cause davantage de peine que ces pierres qui s’écroulent autour de moi, les unes après les autres. (.) Et quand on ne peut plus risquer le moindre pas sans avoir le sentiment qu’on file droit vers la tombe, que reste-t-il à faire ? Soit on sème partout le désordre, soit on cherche ce lui qui sera en mesure de protéger et de transmettre l’essentiel de ce qu’on a bâti. (.) »

Dans ce récit, l’auteur racontera une page d’histoire du Cameroun avec le combat politique de Karl Ébodé pour la guerre d’indépendance ainsi que la souffrance de sa mère qui tente de se défendre en éwondo, sa langue maternelle, avec ses paraboles et ses proverbes béti, face à l’ivresse d’un mari prétentieux qui privilégie la langue française.

Tout en explorant les enjeux sociopolitiques d’un pays marqué par son passé colonial, qui cherche à s’affranchir et à se développer, l’auteur montre que ces questions sont essentielles à la construction d’une société plus juste, autonome et consciente de son histoire. Il rappelle que, partout où une nation est amenée à forger son identité, la responsabilité du citoyen, le devoir civique et national, ainsi que le devoir filial dans la transmission des valeurs constituent le cœur même d’un grand projet collectif.

Sources

Eugène Ébodé, La transmission, Paris, © Éditions Gallimard, coll. Continents noirs, 2002, 187 p.