Biographie 
Né en 1953 à Kurdo, au nord-est de la Syrie, une région mésopotamienne historique aujourd’hui appelée Rojava, Fawaz Hussain grandit à Amouda. Il y apprend l’arabe et le français à l’école catholique, puis fréquente l’école coranique. Le kurde, sa langue maternelle, reste alors strictement interdit. Dans cette bourgade isolée, la lecture passionnée demeure sa seule véritable fenêtre d’évasion.
En 1974, il rejoint Alep et y obtient une licence de littérature française en 1978. Après un voyage révélateur en Jordanie, il s’installe à Paris la même année pour étudier à la Sorbonne. Il y soutient sa thèse en 1988 sur Alfred de Musset. Désireux de créer, il rejette l’arabe en raison de son rôle oppresseur et choisit le français, son kurde manquant de ressources linguistiques à l’époque.
En 1992, Fawaz Hussain s’établit en Suède et enseigne trois ans en Laponie. Il y réalise en 1995 les premières traductions en kurde de L'Étranger de Camus et du Petit Prince de Saint-Exupéry. En 1997, il publie son premier recueil de nouvelles en français à Paris, intitulé Le Fleuve.
De retour en France en 2000, il enseigne pendant vingt ans dans les collèges de Seine-Saint-Denis tout en dispensant des cours du soir. Grand voyageur, il parcourt le Kurdistan irakien et turc, l’Europe, l’Ouzbékistan, ainsi que l’Arménie et la Géorgie sur les traces du barde Sayat-Nova.
Aujourd’hui installé à Paris, il se consacre à l’écriture et à la traduction. Auteur prolifique, avec une quinzaine de romans en français et autant de traductions en kurde. Ses publications clés incluent Prof dans une ZEP ordinaire (2006), Le Syrien du septième étage (2006), Les Sables de Mésopotamie (2016), Un Kurde à Ithaque (2023) ou encore Hier encore j’avais vingt ans (2026). Ses écrits témoignent d’un attachement profond à ses origines et à son identité plurielle.
Morceaux choisis
- Hier encore j'avais vingt ans, 2026
- Par le souffle de Sayat-Nova, 2025
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (BS - Octobre 2026)
Hier encore j'avais vingt ans : Au matin de ses soixante-dix ans, Faramarz Hajari s’éveille dans son appartement du quartier des Fougères, dans le 20ᵉ arrondissement de Paris. Ancien professeur d’origine kurde, arrivé de sa Mésopotamie syrienne un demi-siècle plus tôt, il fait face à une évidence poignante : il est devenu « un Kurde errant, désormais septuagénaire et vieux schnock ! » Solitaire et casanier, il rythme ses journées entre ses promenades dans les squares et une anxiété face au monde moderne. Marqué par l’actualité géopolitique, il accumule provisions et packs d’eau dans ses placards, se considérant comme « un vétéran de la vie en solo » hanté par la peur d’un conflit mondial.
Pour raviver l’éclat de sa jeunesse, Faramarz arpente de nouveau les rues de Paris. En retournant à Passy, le quartier de ses premiers pas, il se heurte à une immense grille en fer forgé :
« Comment aurais-je pu imaginer qu’un jour on installerait ici une grille comme pour m’interdire d’accéder à mon passé ? »
C’est là qu’'il croise son ancien professeur de la Sorbonne, Jean Delpierre, autrefois un phare intellectuel, aujourd’hui vieilli et rattrapé par une « mémoire défaillante ». Plus tard, un incident technique avec son téléphone le conduit à faire la rencontre de Mohand, un informaticien kabyle dont l’échine voûtée porte tout le poids de la nostalgie.
Cette nostalgie contagieuse s’invite aussi au bout du fil. Un ancien compatriote installé en Suisse lui confie sa mélancolie en lui rappelant qu’« une soirée passée au café de Lawê Kewê vaut cent mille lacs de Lausanne ». Quant aux appels du dimanche soir avec sa famille restée en Syrie, ils résonnent comme « une interminable litanie de malheurs ». Pour échapper à cette pesanteur, Faramarz s’évade dans des songes éveillés : il s’imagine libérer un génie sur les berges de la Seine, rêve d’une Syrie apaisée et succombe au charme fulgurant de la mystérieuse « Passante », qu’il contemple tel « un éclair... puis la nuit ! ».
Le destin bascule véritablement lors d’un voyage en Suède à la suite du deuil familial. Sur cette terre scandinave, il parvient à renouer le contact avec son ex-compagne et retrouve enfin sa fille unique après quinze ans d’un « douloureux silence ». La découvrant mère à son tour, il prend son petit-fils dans ses bras et mesure la vérité de ce bel adage oriental :
« Celui qui laisse une progéniture ne meurt jamais ».
De retour dans son logis parisien, le narrateur contemple ses objets de mémoire : un coffre damascène abritant le portefeuille de son grand-père, une miniature persane offerte par des amis kurdes et un buste de la déesse Hygie rapporté d’Athènes. Porté par les figures tutélaires de Gabriel García Márquez, d’Emil Cioran et du poète Sohrab Sepehri, Faramarz accepte sa condition avec une profonde sérénité : il comprend que « le secret d'une bonne vieillesse n’est rien d’autre que la conclusion d’un « pacte honorable avec la solitude ».
Sources
Fawaz Hussain, Hier encore j'avais vingt ans, © Éditions Zinédi, 2026, 150 p.