Biographie 
Auteur-compositeur-interprète, et jeune écrivain, Gaël Faye est né en 1982 à Bujumbura au Burundi, de mère rwandaise et de père français. Pour fuir les tensions au Burundi et le génocide des Tutsis au Rwanda, il se rend en France en 1994. Il fait des études de finances tout en s’intéressant au rap et au hip-hop.
En 2013, Gaël Faye sort son premier album solo, Pili-Pili sur un croissant au beurre qui inclut un titre « Petit Pays », où il rend hommage au Burundi qui l’a vu grandir. En 2016, parait son premier roman, éponyme et autobiographique qui reçoit le prix Goncourt des lycéens.
Huit ans plus tard, en 2024, il publie Jacaranda, un deuxième roman qui raconte l’histoire d’un pays en pleine reconstruction, en quête de dialogue et de pardon. L’ouvrage remportera le Prix Renaudot.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Juillet 2026)
Petit pays est un roman qui mêle tendresse et douleur tout en mettant en lumière l’impact dévastateur des conflits armés sur une jeunesse. À travers les souvenirs de Gabriel, Gaël Faye évoque une enfance idyllique, bercée par la nature, la liberté et la complicité avec ses amis, qui contraste fortement avec la violence, la peur et la haine qui s’abattent sur le Rwanda et le Burundi. Ces moments de bonheur, empreints de simplicité et d’innocence, sont brutalement brisés par la guerre civile, le génocide et la fuite. La jeunesse se trouve alors confrontée à une réalité incompréhensible, où l’insouciance est remplacée par la perte, la séparation et la violence.
Gabriel, le narrateur, dont le père est Français et la mère Rwandaise, trouvera un peu de réconfort pour sortir de ce qu’il appelle « l’impasse » grâce aux livres que lui prête Mme Economopoulos. Il essaiera, en vain, de le partager avec sa mère traumatisée par le génocide au Rwanda.
« J’ai fini par accepter son état, par ne plus chercher en elle la mère que j’avais eue. Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie.
Parfois, quand je revenais de chez Mme Economopoulos avec ma pile de livres sous le bras, je m’installais à son côté pour lui faire la lecture. J’essayais de trouver des histoires ni trop joyeuses, qui auraient pu lui rappeler la belle vie que nous avions perdue, ni trop tristes, pour ne pas remuer son chagrin, ce marécage d’immondices qui stagnait au fond d’elle. Quand je refermais mon livre, elle me jetait un regard absent. J’étais devenu un étranger. Alors je fuyais la terrasse, terrifié par ce vide au fond de ses yeux. »
Dans l’extrait ci-dessous, Gaël Faye illustre comment ces événements accablants peuvent à jamais l’esprit des jeunes en bouleversant leur vision du monde et leur avenir. Il met également en évidence la fragilité de l’innocence face à la brutalité de l’histoire et surtout la résilience nécessaire pour continuer à vivre malgré ces cicatrices profondes.
Ce qui nous touche particulièrement dans tout le roman est le style de l’auteur. L’histoire imprégnée d’une profonde nostalgie est racontée avec une élégance poétique, empreinte de pudeur et de délicatesse. La tendresse qui transparait dans le récit confère une dimension sensible et raffinée, nous permettant d’appréhender les événements avec une émotion sincère et respectueuse. Cette approche stylistique pleine de finesse et sensibilité souligne la beauté fragile des souvenirs, tout en évoquant la douleur et la douceur des moments partagés. Malgré le dénouement tragique, on retiendra l’épisode de la cueillette des mangues et la célébration de l’anniversaire du héros, des instants de pur bonheur, inoubliables pour les enfants !
Sources
Gaël Faye, Petit pays, © Éditions Grasset & Fasquelle, 2016, 218 p.