image Livres

Gaëlle Bélem

Biographie Gae lle belem

Professeure, assesseure du tribunal judiciaire et écrivaine, Gaëlle Bélem est née en 1984 dans la ville de Saint-Benoît à une quarantaine de kilomètres de la capitale réunionnaise. Suite à ses études à Toulouse, à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et à l’École pratique des hautes études, elle commence sa carrière dans l’enseignement en 2009 en Île-de-France tout en travaillant comme journaliste pigiste.

De retour dans son pays natal, elle poursuit ses activités journalistiques pour plusieurs médias en parallèle de son métier d’enseignant.

En 2020, parait son premier roman, Un monstre est là, derrière la porte. Elle publie Le fruit le plus rare ou la vie d’Edmond Albius (2023), un roman qui nous plonge dans l’histoire de l’île au début du XIXe siècle nous racontant la vie d’un esclave qui essaie de devenir botaniste.

Morceaux choisis

  • Le fruit le plus rare ou la vie d’Edmond Albius, 2023

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Juillet 2026)

Dans ce roman, Gaëlle Bélem ne se limite pas à l’histoire personnelle d’Edmond Albius, petit génie qui a inventé la pollinisation manuelle du vanillier. Elle évoque également la lutte des affranchis non reconnus durant la période coloniale. Après leur libération officielle en 1848, beaucoup de ces anciens esclaves se retrouvent confrontés à un statut ambigu, souvent sans droits civiques complets ni reconnaissance sociale. Leur liberté apparente masque une précarité constante, une exclusion sociale et un combat pour faire valoir leur humanité, leur dignité et leurs droits.

En racontant brillamment la vie d’Edmond Albius, l’autrice participe à la reconnaissance de ses populations, malmenées et trop souvent oubliées comme elle le soulignera dans son récit lorsque Ferréol, le botaniste qui a élevé Edmond, s’approprie avec une arrogance outrancière tout le mérite de la découverte de ce dernier :

« Edmond silencieux à ses côtés, Ferréol regarde par la fenêtre les cargaisons de gousses qui filent vers les quais de Saint-Denis et les boutiques de France, emballés dans des boîtes de fer-blanc. Ses yeux s’illuminent comme un phare, son front s’éclaircit. Devant Edmond qui manque de s’étrangler comme s’il avalait de travers, Ferréol s’exclame tout haut : - La vanille, c’est moi ! »

Gaëlle Bélem met en lumière le combat de cet ancien esclave pour se faire reconnaitre, dévoilant un jeune homme déterminé, intelligent et persévérant. À travers son récit, on découvre un homme exceptionnel, bon élève du botaniste qui lui a tout enseigné, et qui, malgré ses talents, doit lutter contre l’indifférence de son époque. Son parcours témoigne de la force de l’esprit humain face à l’adversité et de l’importance de rendre justice à ceux qui ont marqué l’Histoire par leur génie.

Porté par une écriture sensible, fluide et captivante, le roman, écrit dans un style mêlant précision scientifique et poésie, Gaëlle Bélem nous invite à découvrir avec plaisir le « fruit le plus rare ». Le passage qui décrit le moment magique de la fécondation de la fleur du vanillier par Edmond en est un parfait reflet. Ce moment de révélation illustre avec finesse cette harmonie entre la rigueur scientifique et la beauté de nature, tout en soulignant l’émotion du jeune homme.

« Edmond approche ses yeux de plus près, encore plus près, d’une fleur. Il commence à comprendre. Sur la fleur de vanille, un obstacle naturel, comme une petite porte, le rostellum, sépare l’organe mâle de l’organe femelle. Cette fine membrane, ce délicat hymen protecteur, empêche toute fécondation. À l’aide d’un éclat de bambou, Edmond soulève cet opercule, ouvre la petite porte. Ce mince capuchon écarté, il met l’étamine, organe mâle rempli de pollen, au contact de l’organe femelle. La fleur de vanillier est fécondée. (.) Cinq semaines plus tard, Edmond traverse la vanilleraie de Férréol, quand il découvre une gousse ferme, de couleur vert pomme, de la taille de deux doigts. On dirait un haricot vert ou son annulaire. Edmond le sait, c’est la toute première gousse de vanille de l’Île Bourbon. De l’océan Indien. Née d’une fleur qu’il a fécondée. »

La narration souligne avec force le rôle essentiel d’Edmond dans cette découverte, tandis que Ferréol tentera de lui voler le mérite en s’appropriant injustement son invention. Il faudra du temps pour se défaire de cette vanité, si liée au pouvoir et à la domination. La mémoire d’Edmond Albius sera honorée tardivement. En racontant sa vie, qui s’éteignit à cinquante-et-un ans dans l’indifférence générale, Gaëlle Bélem lui rend un hommage très beau et poignant.

Sources

Gaëlle Belém, Le fruit le plus rare ou la vie d’Edmond Albius, © Éditions Gallimard, Collection Continents Noirs, 2023, 243 p.