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Idir Tas

Biographie Idir tas

Écrivain, mélomane et scientifique algérien d’expression française, Idir Tas incarne la richesse d’un parcours aux multiples facettes, où la rigueur académique le dispute à la sensibilité artistique. Né à Alger le 14 mai 1960, il passe son enfance en Kabylie, un monde rural poétisé qui marquera durablement son imaginaire et irriguera toute son œuvre littéraire.

Après des études à Constantine, il s’envole pour Grenoble, où il décroche brillamment deux doctorats en Automatique et Traitement du Signal en 1987 et 1989. De retour en Algérie, il transmet son savoir durant cinq années à l’Université de Constantine et à l’ENSET de Laghouat, dans le cadre de son service militaire civil. En janvier 1995, il s’installe définitivement en France et entame un nouveau chapitre professionnel en devenant inspecteur du cadastre, une expertise qu’il formalisera plus tard dans un ouvrage didactique de référence.

Loin d’étouffer sa créativité, ce parcours nourrit une production littéraire et musicale prolifique. Auteur d’albums remarqués de Partir repartir en 2023 à Illuminations en juillet 2026, Idir Tas compose également des chansons et manie la guitare avec passion. En prose, ses récits explorent la mémoire familiale, l’Histoire de l’Algérie, la guerre de Libération nationale, ainsi que les grands conflits mondiaux du XXe siècle qui ont touché les siens. Qu’il s’agisse de saluer la mémoire de son père ou de mettre en lumière des figures historiques à travers des parutions récentes telles que Bachir, le brave tirailleur (février 2026), ses textes se font l’écho de la marginalité, du progrès et d’une vibrante ode à la nature.

Entre contes, poésie, récits intimistes tels que Petite sœur (2022), En mémoire de mon père (2024) et romans ancrés dans l’histoire, Idir Tas dresse le portrait sensible d’une humanité en quête de repères, naviguant avec élégance entre les rives de l’exil et l’enracinement mémoriel.

Morceaux choisis

  • Bachir, le  brave tirailleur, 2026

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (BS - Octobre 2026)

Le roman Bachir, le brave tirailleur d’Idir Tas, publié en 2026, s’impose comme une contribution essentielle au devoir de mémoire en rendant hommage à ces anonymes arrachés à leurs montagnes. À travers le destin de son protagoniste, l’ouvrage devient une exploration intime de l'exil et du déracinement.

L’histoire s’ouvre dans le village d’Aït-Saâda, sur les hauteurs de l’Akfadou. C’est là que vit Bachir, un jeune Kabyle dont le quotidien est rythmé par les traditions. Cet équilibre vole en éclats en février 1917, lorsque la machine coloniale l’enrôle de force :

« Le jeudi 8 février 1917 eut lieu le Jugement du Tribunal répressif d’El-Kseur (.). Comme Bachir, un jeune homme de 21 ans qui ne voulait pas quitter ses montagnes ni son village d’Aït-Saâda, n’avait pas répondu à l’appel de la conscription militaire, il fut condamné à huit jours de prison et inscrit d’office comme non excusé de la classe 1917 (.)

À compter du jeudi 15 février 1917, il fut incorporé au neuvième régiment de tirailleurs algériens. Arrivé au Corps le mardi 20 février, il partit sept jours plus tard pour le département du Lot-et-Garonne, dans une ville partagée entre les landes de Gascogne et les cultures du Queyran, appelée Casteljaloux, un nom qui lui parut d'abord bizarre. »

Condamné pour insoumission, le jeune homme est brutalement arraché de sa terre et de ses repères, d’abord acheminé à Casteljaloux avant d’être jeté sur le front.

L’écriture d’Idir Tas excelle à peindre l’asphyxie psychologique de son personnage. Analphabète et coupé de toute correspondance, Bachir fait l’apprentissage d’une solitude absolue au milieu de la cohue barbare des combats :

« S’il avait su lire, Bachir aurait posé ses yeux sur tous ces détails une fois sur le front en face de l’ennemi (.)

Si la vie à la caserne lui avait paru difficile de prime abord, sur le terrain où sévissait la guerre, la vraie, c'était terrible. Pluie, boue, froid, rats, puanteur, nourriture infecte, peur, cris, tranchées éventrées, éboulements, vacarme assourdissant. »

La boue, la vermine et la violence des obus broient ses dernières illusions : pour échapper à la folie, il s'accroche aux souvenirs lumineux de sa Kabylie, invoquant les paysages de son enfance.

Le parcours militaire du soldat se poursuit à travers les soubresauts du conflit : blessé en août 1918, il transite par des hôpitaux avant d’être envoyé dans la Marne au printemps 1919, puis projeté à Salonique. Ces déplacements traduisent l’errance tragique de ces hommes trimbalés au gré des stratégies impériales.

À travers ce récit poignant, Idir Tas met en lumière toute la complexité de la double peine des tirailleurs. Étrangers sur le sol européen où l’on exige d’eux le sacrifice suprême, ils deviennent des étrangers à leur propre retour, hantés par les traumatismes du front.

Bachir, le brave tirailleur demeure une œuvre réparatrice, une page majeure qui arrache définitivement à l’oubli ces destins brisés par l’Histoire.

Sources

Idir Tas, Bachir, le brave tirailleur, © L’Harmattan, 2026, 83 p.