Biographie 
Né à Montréal en 1933, Jacques Godbout a d’abord été coopérant et enseignant puis créatif dans une agence de publicité. Sa véritable carrière s’est déroulée à l’Office National du film, d'abord en qualité d’adaptateur, puis comme scénariste et réalisateur, d’abord de films documentaires, ensuite de fiction. En 1959, il fonde la revue Liberté, où il définit notamment sa conception du « Texte National » québécois. Et en 1962, alors que le mouvement de modernisation de la société bat son plein, il fonde le Mouvement laïc de langue française. En 1968, il collabore à la fondation du Mouvement Souveraineté-Association. Il fonde en 1977 l’Union des Écrivains québécois. Il a aussi une carrière d’animateur radio et de journaliste.
Son œuvre littéraire commence par de la poésie (C’est la chaude loi des hommes, 1960) et du du radio-théâtre. Son premier roman, L’aquarium, s’inscrit dans la ligne du « Nouveau roman ». L’année 1967 voit se confirmer le romancier, avec Salut Galarneau !, qui remporte le Prix du Gouverneur général, et deviendra un classique de la littérature québécoise. En 1972, c’est D’amour, P.Q., roman qui remporte le Prix Dupau de l’Académie française, et en 1981 Les Têtes à Papineau, parabole sur la schizophrénie de la société québécoise. Puis ce sont en 1986 Une histoire américaine, en 1993 Le temps des Galarneau, en 2006 La Concierge du Panthéon. En tout une dizaine de romans.
Mais l’œuvre de l’essayiste n’est pas moins importante. Dans sa quinzaine de volumes, on pourra détacher Le Réformiste (1975), sorte de bilan de l’état moral de la société québécoise, Le Murmure marchand (1984), ou L’Écran du bonheur (1990).
Écrivain, cinéaste, éditeur, dramaturge, de journaliste d’idées, homme d'action, Jacques Godbout est un des intellectuels les plus importants de la vie du Québec de la seconde moitié du XXe siècle. Au long de sa carrière, il aura traduit en termes littéraires les grands enjeux sociaux et culturels de la deuxième moitié du XXe siècle, au Québec et dans le monde occidental, en étant mû par une visée unique : procurer un sens à la vie collective. Dans cet effort de traduction, ses armes principales seront la lucidité et la causticité.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (JMK - Mai 2026)
François Galarneau est un jeune Québécois des Golden sixties. Après un mariage raté, il ouvre une baraque à frites et à hot-dogs dans la banlieue de Montréal. Il fait connaissance de Marise, avec qui il se met en ménage. La profession de François aiguise chez lui des talents d’observateur : il se voit même volontiers en ethnologue. Poussé par Marise, et encouragé par son frère Jacques, François décide d’aller au-delà de simples notes griffonnées, et se met à écrire. Au début, il se demande bien quelle peut être l’utilité d’écrire, en dehors de la publicité que cela peut lui apporter. Mais, peu à peu, l’écriture devient pour lui un besoin, qui lui fait négliger son travail et sa compagne. Celle-ci s’éloigne de lui et, à la suite d’un petit accident de la route, se jette dans les bras de Jacques, avec qui elle avait sympathisé. François s’enfonce plus encore dans l’écriture, et décide de se couper d’un monde décidément trop douloureux. « Se couper du monde » n’est pas une formule chez lui : il fait bâtir un haut mur qui isole totalement sa maison, où il attend sa fin. Mais cette retraite, affinant sa pensée, lui fait comprendre que l’opposition qu’il croyait voir entre la vie et l’écriture est vaine : on peut les concilier. Opérer cette synthèse, c’est « vécrire ». François franchit dès lors son mur pour offrir son texte au monde.
Branché sur l’actualité, ce roman de formation prend la forme d’un journal et exploite l’esthétique du collage. Son succès a été foudroyant, notamment parce que le lecteur a pu mettre son contenu en rapport avec l’évolution de la société québécoise. Godbout émet en tout cas cette hypothèse : selon lui, l’accueil réservé au roman s’explique peut-être parce qu’il « correspondait aux désirs qu’avaient les Québécois d’avoir une histoire heureuse, positive, qui réponde à leur appétit de vie, et non pas à leur appétit de destruction et d’auto-destruction ».
Sources
Jacques Godbout, Salut Galarneau !, Éditions du Seuil, 1967, 160 p.