Biographie 
Justine Mintsa, née en 1949 à Oyem, à environ 300 kilomètres de Libreville, est une écrivaine très engagée dans la défense du patrimoine culturel en Afrique subsaharienne. Après ses études au Gabon, en France et au Royaume-Uni et l’obtention d’un doctorat en littérature anglaise en 1977, elle enseigne l’anglais à l’université Omar Bongo de Libreville jusqu’à sa retraite en 2014. Membre du Haut Conseil à la Francophonie, elle va présider aussi l’Union des écrivains gabonais pendant vingt-quatre ans.
Dans ses premiers écrits, sous forme de journal (Un seul tournant, Makösu,1994) et de récit (Premières lectures, 1998), elle raconte la vie universitaire dans un pays en voie de développement et dévoile son éveil à la lecture et à la poésie.
Son premier roman, Histoire d’Awu, qui parait en 2000, traite des défis des femmes face aux traditions et injustices. En 2013, elle publie Larmes et cendres, un roman qui explore explore le veuvage traditionnel et son impact culturel.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Juin 2026)
Ce roman, à la fois poétique et brut, dévoile la condition des femmes dans un village gabonais, soulignant la rigidité des rites et la dépossession sociale. Justine Mintsa raconte une histoire d’amour tragique, tout en illustrant l’opposition entre passions et contraintes sociales. La force du récit réside dans son style soigné et épuré, qui traduit la douleur et la cruauté avec une intensité saisissante. Awudabiran’, deuxième épouse d’Ofame Abame, va essayer d’abord de trouver sa place dans la vie de son mari qui demeure encore fidèle à sa première femme, Bella, décédée. Elle fera son chemin comme ses broderies sur son métier même si à la fin, lors du décès de son mari, subissant la pression familiale, il ne lui reste que des « trous noirs sur le tissu ».
Dans le passage ci-dessous, où l’autrice emploie la métaphore du point de chaînette incarnant à la fois l’amour, la vie et la dignité silencieuse d’Awudabiran, on est profondément touché par le personnage qui suscite le respect et l’admiration.
« Pour Awudabiran’, le point de chaînette était plus que jamais le point de l’amour, le point de sa vie. Elle était secrètement fière de toutes ces bouclettes qu’elle avait soigneusement confectionnées sur le parcours de sa vie : ses études, sa profession, son mariage, ses enfants, ses élans de générosité envers sa famille et sa belle-famille. Sa modestie et son excessive discrétion lui avaient a valu de ne jamais avoir de conflit ouvert avec personne. Pourtant, belle et brillante elle était, ce qui, en revanche, lui valait le mauvais œil, voire même la jalousie de certains. Mais elle feignait de ne se rendre compte de rien. Le point de chaînette ne requérait-il pas qu’on fit d’abord un point arrière, et qu’avant de tirer l’aiguille il restât sur le tissu une jolie boucle ? Le fil apparemment si docile ne finissait-il pas par imposer sa beauté resplendissante qui incitait au respect et à l’admiration ? »
Grâce à cette force intérieure, à la fin, fidèle à son mari décédé, devenu son véritable âme sœur, elle arrivera à se protéger, son corps et son esprit qu’elle scellera « en un lieu inviolable ».
Dans ce roman concis, qu’on lit d’un seul trait, la profondeur de l’émotion et la sincérité de l’écriture laisse une empreinte durable ; parfois on a envie de relire certains passages qui nous plongent dans l’univers des relations familiales complexes pour mieux appréhender les mœurs du pays et saisir la poésie qu’emploie l’autrice pour transcender la violence de certaines réalités trop cruelles.
Sources
Justine Mintsa, Histoire d’Awu, © Éditions Gallimard, coll. Continents noirs, 2000, 109 p.