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Kaouther Adimi

Biographie Kaouther adimi

Née à Alger en 1986, diplômée en Lettres modernes et en gestion, titulaire de plusieurs prix littéraires dont le prix du Style par le Renaudot, Kaouther Adimi vit maintenant à Paris. Lors de ses études à l’Université d’Alger, elle participe à des concours de jeunes écrivains où elle reçoit le Prix du jeune écrivain francophone pour ses nouvelles, Le chuchotement des Anges (2006) et Pied de vierge (2008).

Elle a publié successivement L’Envers des autres (2011), Des Pierres dans ma poche (2016), et Nos richesses (2018), ouvrage dont il est question ici.

Morceaux choisis

  • Nos richesses, 2018

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Mai 2026)

Je m’accuse de n’avoir lu ce livre qu’au printemps 2026 alors qu’il a été publié en 2018. Toutefois, grâce aux mystères de la génétique, je dois cette découverte à un de mes petits-fils qui l’a transmise à sa mère, laquelle me l’a répercutée. Ce petit livre de 181 pages est un de ceux que j’ai le plus appréciés. D’abord, il est écrit par une femme et cette femme est algérienne, ce qui ne gâte rien en ces temps où nos relations avec l’Algérie sont pour le moins compliquées. L’auteur fait à la fois de l’histoire, du reportage et du roman. Si le fond du tableau est occupé par un vieux gardien de librairie à qui l’on annonce que le magasin va être fermé et vidé pour être transformé en commerce alimentaire, ce qui le perturbe beaucoup… Mais en vrai, il s’agit de l’histoire d’un Français d’Algérie, Edmond Charlot (1915-2004) mort à Pézenas (la ville de Molière). Ce dernier avait eu le courage et la prescience de se lancer dans l’achat d’une librairie à Alger ex-rue Charras, en 1936, et il a monté une petite maison d’édition qui a successivement accueilli comme auteurs ou partenaires une kyrielle des plus grands noms de la littérature. Voyez plutôt : Giono, Gide, Roy, Camus, Roblès, Saint Exupéry, Amrouche, Sénac, Max-Pol Fouchet, Garcia Lorca, Gertrude Stein, Bernanos, Bosco, Moravia, Vercors, Lucie Faure, Paulhan… Excusez du peu…

Au milieu de l’indifférence ou de l’hostilité des confrères, voire des amis, au travers des difficultés de la guerre où l’on manquait tantôt d’encre tantôt de papier, au travers du drame de la guerre d’Algérie qui lui vaudra deux attentats contre ses deux librairies, il persistera dans son engagement jusqu’à quitter le pays à l’indépendance. Le second de ces plasticages a fait disparaitre un incroyable trésor de textes, de correspondances, et de documents relatifs à ses auteurs… Rentré en France, ayant presque tout perdu, mort, à Pézenas, incinéré, il aura eu la chance pour son dernier combat que ses cendres ont été dispersées en Méditerranée.

C’est tout cela que raconte d’une plume alerte Kaouther Adimi. Brillant hommage à un Français de bonne foi qui s’est placé du bon côté du drame algérien au bon moment et dont l’incomparable capacité à réunir autour de lui une pléiade de grands écrivains, mériterait autant que d’autres, et plus peut-être, le Panthéon. Et chaleureuses félicitations à cette autrice qui a su retracer l’aventure d’un honnête homme, ce qui a peut-être fortifié sa vocation d’écrivaine. Voilà un livre qu’il faut lire si l’on veut qu’un jour la voie de la réconciliation entre la France et l’Algérie s’ouvre à nouveau.

Sources

Kaouther Adimi, Nos richesses, Éditions Le Seuil, 2018, 192 p.