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Leïla Slimani

Biographie Lei la slimani

Née en 1981 à Rabat, Leïla Slimani étudie au Lycée français de la capitale marocaine avant de se rendre à Paris en 1999. Diplômée de l’Institut d’études politiques et formée aux médias, elle commence sa carrière comme journaliste, notamment chez Jeune Afrique, où elle couvre l’Afrique du Nord.

Elle publie son premier roman, Dans le jardin de l’ogre (2014), sur le thème de l’addiction sexuelle féminine. Son deuxième roman, Chanson douce (2016), lui vaut le Prix Goncourt et le Grand Prix des lectrices Elle 2017. Suivra la publication de textes variés comprenant ouvrages collectifs et essais. Nommée en 2017 représentante personnelle du président Macron pour la francophonie, elle se consacre principalement à l’écriture.

En 2021, elle parle de la création littéraire dans un récit autobiographique, Le parfum des fleurs la nuit (2021). Le Pays des autres, parait une trilogie : La guerre, la guerre, la guerre (2020), Regardez-nous danser (2022) et J’emporterai le feu (2025). Ces trois romans mettent en scène trois générations d’une famille franco-marocaine évoluant dans une société partagée entre traditions et modernité.

Morceaux choisis

  • Le parfum des fleurs la nuit, 2021

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Août 2025)

Avec ce récit dont le titre nous suggère déjà une promesse poétique, Leïla Slimani nous emmène dans une émouvante promenade réalisée lors d’une retraite d’une nuit au musée d’art contemporain de la Punta della Dogana à Venise. Elle se livre avec sincérité, révèle son cheminement dans l’écriture, raconte ses doutes et ses peurs, crée des passerelles entre l’art et la littérature. Partagée par son enfance marocaine et sa formation occidentale, nourrie de sa double culture, elle partage ses réflexions sur la vie en général et sur d’autres sujets à débat comme la quête et la construction identitaire, la liberté, la foi et la transcendance, et aussi sur l’écriture.

Elle dévoile son dilemme et son âme partagée entre deux cultures :

« Toute ma vie, j’ai eu l’impression d’être en minorité, de ne pas partager avec les autres une communauté de destin. Je n’ai jamais respecté de traditions, de rites. Les joies collectives m’effraient. Au Maroc, je suis trop occidentale, trop francophone, trop athée. En France, je n’échappe jamais à la question des origines. (.) Mes contradictions étaient invivables. Je voulais qu’on m’accepte et puis je ne voulais pas être des leurs. Quand on a plusieurs pays, plusieurs cultures, cela peut conduire à une certaine confusion. On est d’ici et puis d’ailleurs. On se revendique toujours étranger et on déteste en même temps que l’autre nous voie comme tel. »

Pour elle, l’écriture est une « discipline », un « espace de liberté » qui permet de toucher l’essence des choses. En abordant la douleur d’un souvenir familial, celui de son père qui s’est retrouvé emprisonné à tort, elle se sert de l’écriture comme catharsis pour faire le deuil, pour se réconcilier par les mots et pour se libérer.

« Écrire a été pour moi une entreprise de réparation. Réparation intime, liée à l’injustice dont a été victime mon père. »

Évoquant la dimension humaine de son métier d’écrivain, mêlant formation et passion, elle nous touche en décrivant ses peurs, ses doutes et ses traumas. « Être écrivain, c’est se condamner à vivre en marge. Plus j’écris et plus je me sens excommuniée, étrangère. », dit-elle. Se sentant responsable de sa mission vis-à-vis de son public, elle fait preuve de beaucoup de bienveillance. Nait alors une profonde résonance avec le lecteur qui la suit dans son cheminement et décèle le parfum de ses réflexions. On l’accompagne avec beaucoup de plaisir en appréciant l’intensité des émotions dévoilées associée à la richesse des références culturelles qui nous font voyager. On voit grandir et s’épanouir une écrivaine à l’âme sensible qui aborde ses fragilités avec courage. Le parfum des fleurs la nuit est un récit autobiographique très touchant, et même poignant par moments, lorsque Leïla Slimani aborde des thèmes universels et partage ses expériences authentiques et son parcours avec son public.

Sources

Leïla Slimani, Le parfum des fleurs la nuit, © Éditions Gallimard, coll. Folio, 2022 (1e éd. 2021), 160 p.