Biographie 
Née en 1940, membre du Parlement des écrivaines francophones, Lise Gauvin est une écrivaine, essayiste et critique littéraire formée à l’Université Laval de Québec, à l’Université de Vienne et à la Sorbonne où elle obtient son doctorat en littérature. Autrice de récits de fiction, de poésie et d’essais multiples, elle collabore à plusieurs ouvrages collectifs et coécrit l’anthologie Écrivains contemporains du Québec avec Gaston Miron. Elle reçoit plusieurs distinctions, dont le Prix des Arcades de Bologne pour son recueil de nouvelles Fugitives en 1992 et le Prix France-Québec en 1999 pour L’écrivain francophone à la croisée des langues.
Membre de l'Ordre des francophones d’Amérique et de l’Académie des lettres du Québec, elle est honorée en 2005 en tant que Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques pour sa contribution à la littérature francophone.
En 2020, elle reçoit le Grand prix de la francophonie de l’Académie française.
Morceaux choisis
- Le roman comme atelier, 2019
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Juillet 2026)
Les littératures francophones ont profondément transformé l’image qu’on se fait des productions littéraires contemporaines et leur rôle autant dans le domaine socioculturel qu’institutionnel. Dans son essai, Lise Gauvin montre cette évolution au travers de ses recherches sur huit écrivains : Patrick Chamoiseau, Assai Djebar, Rejean Ducharme, Maryse Condé, Alain Mabanckou, France Daigle, Dany Lafferière et Marie-Claire Blais. Elle souligne la dimension réflexive de leur œuvre et leur capacité à témoigner des enjeux liés à la créolisation, à la mémoire collective, et à la résistance. Dans les analyses qu’elle propose, elle illustre bien cette démarche, révélant comment chaque auteur construit une double identité à travers la langue et la narration, dans une dynamique de quête et de restitution du sens.
« Les écrivains francophones ont en commun de se situer ‘à la croisée des langues’ dans un contexte de relations conflictuelles – ou tout au moins concurrentielles – entre le français et d’autres langues de proximité. (.)
En associant le lecteur à leur travail d’atelier et en présentant leurs romans comme des œuvres en gestation (.) qui réalisent le projet qu’ils sont en train de décrire, les romanciers contemporains désacralisent en quelque sorte leur fonction tout en dévoilant l’absolue nécessité de dire le monde tel qu’il est, avec ses ratés et des déconvenues, afin de rendre en retour l’espoir possible. »
L’extrait choisi met en lumière la spécificité de ces écrivains francophones, qui évoluent souvent « à la croisée des langues » dans un contexte marqué par des tensions ou rivalités entre le français et d’autres langues proches, comme celles issues des cultures colonisées ou régionalisées. Cette situation linguistique influence leur processus créatif, qui s’inscrit dans une dynamique de confrontation, de mélange ou de coexistence des langues. En adoptant une approche transparente, ces écrivains impliquent le lecteur dans leur « atelier » – leur espace de création – en présentant leurs œuvres comme des « œuvres en gestation ». Cela signifie que leurs romans ne sont pas des produits achevés, mais des processus en cours, reflétant leur démarche de recherche et d’expérimentation. Par cette posture, ils « désacralisent » la fonction traditionnelle de l’écrivain en la rendant plus accessible, plus humaine, tout en affirmant l’indispensable nécessité de « dire le monde tel qu’il est » – avec ses imperfections, ses échecs et ses désillusions. En dévoilant la complexité et la difficulté de représenter la réalité, ils cherchent à insuffler un espoir, à travers la parole, la fiction ou la réflexion, en montrant que l’écriture peut contribuer à une compréhension plus sincère et authentique du monde.
Il nous a paru important de sélectionner Le Roman comme atelier pour cette « Anthologie des littératures francophones » car Lise Gauvin montre bien comment des écrivains un peu atypiques, souvent marginalisés, contribuent à transformer la littérature en un véritable espace créatif.
Sources
Lise Gauvin, Le roman comme atelier, La scène de l’écriture dans les romans francophones contemporains, © Éditions Karthala, 2019, 194 p.